Mercredi 05 septembre 2012, Livingstone, Zambie
Sur la route de Livingstone, sur un velo comme dans du coton, avec des sourires en cascade. Prochainement au Botswana…
Lundi 03 septembre 2012, Livingstone, Zambie.
Les etres humains sont sur la Terre ce que les fourmis sont au sol
Infinitesimales spheres de genie et de protocole
Vendredi 24 août 2012, Lubumbashi, RDC. 90 km de la Zambie. Retour sur un mois de traversée du pays, pour le meilleur et pour le pire…

Kinshasa, le 28 juillet dernier. Cueilli par un jeune agent de la DGM, la Direction Générale des Migrations. “Bonjour, suivez-nous”. On se dirige vers le Bureau d’études et du contentieux. Le visa délivré par l’ambassade du Congo à Cotonou n’est pas reconnu. “En tant que Français, il fallait faire le visa en France, celui-ci ne vaut pas”. Les règles du jeu sont opaques. On dépose un formulaire sur la table, estampillé “Procès verbal de refoulement”. “On va devoir vous renvoyer à Paris” me dit un responsable. Cela semble légèrement précipité. je plaide mon cas. A côté, un jeune homme verse des larmes de crocodile. Refoulé à Brazzaville, il est illégal à Kinshasa. Un fleuve, deux pays et aucune entente…
La pièce de 10 m2 est encombrée d’une dizaine de voyageurs : une femme et son bébé, plusieurs commerçant bardés de marchandises, le jeune homme qui essuie ses larmes et deux ou trois agents. Aux quatre coins de la pièce et sous les chaises sont déposés des valises, des sacs. Un écriteau collé sur le mur stipule que “cet espace n’est ni un lieu de repos, ni un lieu d’entrepos, moins encore une salle d’attente”. Merci pour la précision ! Derrière son bureau, un fonctionnaire roupille.
Son collègue se penche sur le dossier que je présente : lettres officielles d’attestation et de soutien. Il commande des photocopies et me glisse, complice : “vous êtes très intelligent, on va voir ce qu’on peut faire”. 20 000 Francs et une cause pseudo-philanthropique m’éviteront la rétention administrative et la case départ. Bienvenue en enfer, version monopoly géant. Il faut finir la partie en un mois, pas un jour de plus. 3…2…1…Partez ! Je ne traîne pas et dès le lendemain, sans croiser le Staff Benda Bilili, j’attaque la route.
La DGM, c’est un peu comme la Stasi, les moyens techniques en moins. Impossible de faire trois pas dans une ville sans être controlé par un agent. Souvent, ils ont soifs et vous le font comprendre. Parfois vous les trouvez déjà imbibés. C’est alors un vrai spectacle tragicomique pour qui sait l’apprécier. Je ne donne jamais de pourboire et me joue parfois des plus arrogants : je les laisse se perdre dans les méandres de mon passeport, relever le numéro de visa du Ghana par exemple, ou encore noter “marron” comme étant mon lieu de naissance. J’ai beau leur faire des yeux, certains ne comprennent pas.
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Autre corps d’un Etat qui n’en porte que le titre : la DGC où 99 % de la population est active, la Direction Générale de la Curiosité. Lorsque je m’arrête dans un village ou dans une ville, 10, 20, 30, puis 50 curieux m’encerclent et me dévisagent. Un Mundélé (Blanc en lingala) à vélo, chevelu et barbu c’est comme si Jésus revenait à Nazareth à dos d’âne. On l’entoure, on lui pose mille questions, on cherche à prendre son numéro de téléphone et si possible, récupérer sa montre, ses gants, son slip, en guise “de souvenir”. Souvent, on me confond avec le Père Noël, la Banque ou LE ticket gagnant à la loterie. “Donnez-moi même 10 dollars”. Tout est dans la relativité du “même”. Comme si l’argent poussait quand je le sème et que 10 dollars (deux jours entiers de budget) ne représentaient rien. Il faut dire que l’économie dévisse sévère au Congo. La poussière pique les yeux, la misère également. Une pauvreté extrême pousse chacun à la débrouillardise et la corruption est ainsi généralisée de la base au sommet de la société.

Après 622 km, Bashamba marque la fin de la route et le début de milliers de km de pistes ensablées. Après une journée passée à pousser, impossible de rouler, d’autant que je brise l’axe de ma roue arrière, en voulant réparer une crevaison. J’arrête un camion baptisé Juste Cause et négocie ma place sur le toît parmi une cinquantaine de voyageurs. L’ambiance est conviviale et Patrick, jeune électricien sans emploi et vivant du petit commerce, radio autour du cou, joue les DJ’s pour la communauté. William, le gérant, me prend sous son aile et on progresse tranquillement dans le Bandundu puis le Kasai oriental. Après quatre jours, nous arrivons à Tshikapa, capitale des traffiquants de diamants… Un autre monde !
Je fais réparer mon vélo en confectionnant un nouvel axe à partir d’une tige métallique débusquée dans l’atelier d’un ferronier, filée par un soudeur afin d’y fixer deux boulons. Par miracle, ça tient. Puis je monte à bord d’un autre camion devant se rendre à Kananga, anonyme celui-là. On l’appelera Satan…
Trois jours et deux nuits infernales souffertes en compagnie de 130 passagers, parqués sur le toît comme des animaux et agissant pour ainsi dire comme tels. Difficile de rester humain quand le tibia de votre voisin vous enfonce la colonne vertebrale et que le coude de votre voisine vous brise les doigts. On se bouscule, on s’insulte, les enfants pleurent. On est loin de la colonie de vacances.
Bien qu’a midi, tout le monde soit près, on ne part pas avant la nuit (African time). A chaque barrière (péage plus ou moins légal, plutôt moins que plus d’ailleurs) les policiers montent à bord et se frayent un chemin parmi les corps meurtris. De leurs gros godillots, il écrasent tout ce qui se trouve en dessous et réclament de l’argent, arbitrairement. “Toi, 500 ! Sinon, contrôle!”. Contrôle signifiant de devoir descendre du camion sans pouvoir y remonter avant d’avoir versé deux ou trois fois la somme initiale. Je reste caché et dans l’obscurité de la nuit, sous ma casquette, on ne me reconnait pas. A la deuxième barrière, un des policiers ira jusqu’à cogner un adolescent situé près de moi. Coups de poings contre billets de banque. Je lève la tête, indigné. “Tiens Mundélé !” s’étonne le flic. “Donne moi 500 !” Je refuse. “Contrôle, descendez!” Je refuse de descendre et tend mon passeport, en rappelant qu’un joli sommet de la francophonie doit se tenir prochainement au Congo (à propos, François, si tu me lis, je t’en prie ne viens pas !). Le Bleu tempère, fait mine de vérifier mon visa et me rend finalement mon passeport. J’échappe au racket. Mais tous n’ont pas cette chance. A la troisième barrière en moins d’une heure de temps, je m’insurge : “pourquoi vous faites ça?” Le policier qui vient de monter me répond que le gouvernement ne verse pas de rations. Nous serions dans une zone dangereuse, et ils agiraient “pour le bien et la sécurité de la population”. “En lui marchant dessus?” Il ne répond rien (il n’a rien à répondre) et continue sa sale besogne. Tristes tropiques… Les passagers sont étonnés de ma réaction. Certains se sentent soutenus et au moment où le camion redémarre, insultent les policiers. “Bienvenu en enfer” me dit une petite voix intérieure… D’autres pensent que c’est le droit des policiers et le débat s’instaure, en français. Un soit disant militant des droits de l’Homme explique, par exemple, que la situation relève d’une “convention tripartite entre la municipalité de Tshikapa, la Police Nationale et la Population”. Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu…
L’après-midi du deuxième jour, vers 17h, le camion s’arrête dans un village. Des passagers continuent à monter dans le plus grand scandale et sous le regard vicieux du conducteur, qui lui empoche l’argent. Puis viennent des militaires qui se font place en toute violence. “Vous ne voyez pas que vous nous marchez dessus !” Il répondent être réquisitionnés car des rebelles sont à 40 km de Kananga (foutaise). “Ce n’est pas une raison pour nous marcher dessus, c’est la loi du plus fort qui écrase le plus faible” dis-je à haute voix. Alors, le plus saoûl d’entre eux se lève. Il est borgne et porte les galons de commandant. Il crie : “Des rebelles, il y a des rebelles ici”. Il arme sa mitraillette et menace : “poussez-vous”. Il gesticule avec son arme. Je vois le drame venir et filme alors la scène en cachette, en realité, je cadre le visage d’une enfant qui dans son innocence, ne s’inquiète de rien. Je n’ose pas lever la caméra et enregistrer le démon. “Ecoutez, il n’y a pas de rebelles, mais baissez votre arme, c’est dangereux”. Il se calme, et comme si de rien n’était, il se rassoit. La balle pouvait partir à tout instant. La nuit tombe lentement quand le camion redémarre. Tout le monde se taît et le soleil, flamboyant, disparait peu à peu, drappé dans la pénombre.
“Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir”

Coupure de courant à Lubumbashi, il ne reste que qq min de courant donc la suite en accéléré :
à Kananga, je monte à bord d’une locomotive sudafricaine. La compagnie est financée par la banque mondiale pour exploiter le réseau férroviaire construit par les Belges. Quand au Ghana on mange du porridge, ici on fait des gauffres et on dit “septante” et non soixante dix. Et quand la Belgique est le paradis de la fritte, ici c’est le paradis de la frippe. Ce qui donne des allures de Fusion Festival à certains quartiers.

Après le déraillage d’un train devant nous, vers Bukama, je poursuis à vélo (rouler sur les rails n’a rien d’évident) et parviens dans les temps (par rapport à mon visa) à Lubumbashi.
Je pars dimanche pour la Zambie. Mon vélo connait des difficultés mais j’ai le moral au beau fixe et suis heureux de cette expérience en RDC. L’enfer est sur Terre, je l’ai vu. Mais on y croise de nombreux anges et des mains se sont tendues à chaque fois que j’avais besoin d’aide ou de soutien.
Ici une spécialité du crû : les chenilles. C’est goutu comme des chips au paprika ! Bon appétit !

Mardi 21 août, Lubumbashi, RDC.
RDC : République en Détresse du Congo. Expansion démographique exponentielle, mais moyens de production agricoles précaires ; déforestation ; guerre ethnique au Nord Kivu et conflits tribaux au Katanga ; économie indexée sur le dollar et inflation galopante, ça dévisse ; Etat inexistant, on est plus proche de l’anarchie ; élections démocratiques volées ; culte de la personnalité ; pauvreté extrême ; corruption généralisée ; éducation totalement délaissée…
Les indicateurs sont au rouge. 95 % de la population cherche une porte de sortie. La mienne est proche, vers la Zambie.
Pour autant, noué de belles amitiés et vécu de chouettes expériences (mangé des chenilles par exemple :)
On fait vite, le cyber fonctionne sur groupe électrogène ! Merci pour vos messages !!
Vendredi 27 juillet 2012, Brazzaville, République du Congo
Logé dans le quartier de Poto Poto à Brazzaville, je m’apprête à traverser le fleuve Congo demain pour rejoindre la République (non moins ?) démocratique du Congo, la RDC. La route depuis Libreville s’est déroulée sans encombres majeures. Reste à déterminer la suite de l’itinéraire, l’Angola ne délivrant officiellement aucun visa aux touristes. Il faudrait alors opter pour la Zambie, le Botswana ou le Zimbabwe. A suivre… Le reste en images !
Arrivée à Brazza en première classe, il n’y a pas que F.Hollande qui prenne les transports en commun, moi aussi je veux être un voyageur “normal”. René, chauffeur camerounais, m’a sauvé de la poussière !
La piste, officiellement la nationale, reliant Pointe Noire à Brazzaville est un amas de poussière qu’on respire à longueur de kilomètres. Ca pique les yeux. Ou bien est-ce la misère des conditions de vie dans laquelle sont plongés les villageois ? Malgré tout le sourire reste affiché sur le visage des gamins, qui m’appellent “chinois”, “chinois” !
Reprise de la route à partir de Libreville. Menus réglages de la selle et des sacoches au coeur de l’immense forêt équatoriale. Je suis désormais dans l’hémisphère sud et les masques gabonais font un peu peur, les histoires de drogues mystiques et de bains lavant l’âme aussi. Un monde de mystères où les éléphants vivent comme des pachas…
Vendredi 13 juillet 2012. Libreville, Gabon.
J’ai failli ne pas monter dans l’avion. Alors que l’embarquement commençait, Léon, joint au téléphone, dit connaître des difficultés pour placer mon vélo en soute.
Léon : c’est un des opérateurs du fret à l’aéroport de Cotonou. Du moins, c’est à lui que j’ai confié le colis et remis 35000 Francs cash.
- “Ils refusent de prendre le paquet, ils disent qu’il est trop gros !”
…Les passagers du vol à destination de Libreville sont invités à se présenter à la porte d’embarquement. Leadies and gentlemen…
Mon sang ne fait qu’un tour. Je ne sais pas qui est ce “ils” mais je comprends que mon vélo risque de rester au sol.
J’alerte le chef d’embarquement. Il me renvoie au check in. Je repasse tous les contrôles en sens inverse et en accéléré, franchis le portique détecteur de métaux qui sonne qu’on soit armé jusqu’aux dents ou nu comme Adam. Sous l’oeil amusé des douaniers, surtout celui à qui je refusais de glisser un billet en gage de notre soudaine et unilatérale amitié.
Au check in, on m’indique le bureau de la compagnie. Je frappe puis entre sans attendre qu’on m’y invite. Surprise, je tombe nez à nez avec la jeune femme qui m’avait vendu le billet quelques jours plus tôt.
J’explique le problème, le vélo qui ne passe pas en soute d’après Léon. Sans chercher à comprendre, elle me passe un savon : “Monsieur je vous avez dis de faire emballer le vélo à l’avance ! C’est qui ce Léon ? “
Je respire un grand coup et tâche de changer le ton que prend la conversation : “Madame, j’ai procédé comme vous me l’aviez indiqué. Dès le vendredi, jour d’achat du billet, je me suis rendu au fret. Quand je vous demandais de me donner un contact là-bas, vous m’avez répondu ‘allez y seulement’. J’y suis donc ‘allé seulement’ et j’ai traité avec Léon. Le vélo est emballé et prêt à embarquer depuis hier ! Je ne comprends pas…”
Elle se calme puis reprend : “Mais on ne confie pas le vélo à n’importe qui !” J’explose. “Mais vous n’aviez personne à me recommander au fret. Dans ce cas, il fallait me donner un contact !”
A cet instant, je prends conscience que Léon est effectivement n’importe qui. Je n’ai pas même un reçu en main qui prouve que c’est bien à lui que j’ai remis mon vélo. Et si on me le volait ?
La jeune femme appelle son responsable, déjà sur le tarmac à contrôler l’embarquement. C’est avec lui qu’il faut voir. Je lui demande une attestation. Elle refuse.
Allez y seulement !
A nouveau, je passe la police, la police des frontière, la douane, le portique déréglé, et me présente à la porte d’embarquement. Je saute dans le bus qui nous conduit, les retardataires et moi, au pied de l’avion, devant Edmond, chef d’escale.
On appelle Léon avec mes derniers crédits. Le bruit des turbines, le vent, l’excitation rend tout dialogue impossible. L’épuisement du crédit vient achever cette avorton de conversation.
L’avion est prêt à décoller. Je refuse de monter sans le vélo. Edmond me rassure. Il est “LE” responsable ici et s’occupera personnellement d’embarquer le vélo dans le prochain vol, mais dans l’immédiat il faut que l’avion décolle.
Soit je monte sans le vélo en lui faisant confiance, soit il me débarque avec des pénalités à ma charge.
Décoller seulement !
Je lui fais confiance et monte à bord en m’assurant qu’il enregistre le numéro de téléphone de Léon. Un sandwich cellophane et un café plus tard, j’atterris à l’aéroport Léon MBA de Libreville.
Je me rends au service de réclamation des bagages. On refuse de prendre ma déclaration car je n’ai pas de numéro de colis. C’est idiot mais je ne cherche pas à comprendre et laisse les deux employées reprendre leur bavardages. Désolé pour le dérangement !
Je m’installe alors au Sunset Beach Hôtel. Le vélo doit venir vendredi. Je profite du cadre idyllique offert par l’établissement (je pèse tous les mots de cette phrase), les pieds dans l’eau. Jeudi soir, je rencontre la famille de Lionel, l’ami d’un ami et assiste médusé aux préparatif de mariage du tonton : le règlement de la dot, les machettes, les marmites, les pagnes. La liste de mariage faite par la famille de la mariée n’en finit pas…

Ce vendredi midi, Edmond appelle : “C’est bon le vélo est embarqué et l’avion vient de décoller”. C’est un vendredi 13 mais je ne suis pas superstitieux. Je prends un taxi, direction l’aéroport. On m’indique le service de réclamation des bagages. J’entre.
- “Bonjour c’est pourquoi ?” C’est une dame plus âgée qui m’interroge. Les deux pipelettes ne sont visiblement pas là. Je lui explique.
- “Vous avez fait une déclaration ?”
- J’éclate de rire. Non, parce que figurez vous, on me l’a refusé !”
- “Mais il fallait en faire une, on en fait toujours une !” …Maison de fous !
Rigoler seulement !
Les bagages sont débarqués sur le tapis roulant. Les passagers viennent récupérer leurs paquets et les agents de douanes contrôler les contenus.
Autour de moi, de nombreuses amitiés soudaines et unilatérales prennent place dans un joli ballet d’hypocrisie. Le vélo ne vient toujours pas. J’interpelle un jeune agent. Il part vérifier. Le vélo est resté en soute. Il l’amène. En sortant, il me prend par le bras et me glisse à l’oreille :
- “La douane va vous embêter. Qu’est ce que vous pouvez donner ? Je vais vous aider à passer. Je connais quelqu’un.” Je refuse et passe, seul, devant le douanier.
- “Qu’est-ce que vous avez là ?
- Un vélo Monsieur.
- Neuf ?
- Non, pas vraiment. Il a déjà 10 j’ai at.000km au compteur.
- Allez y !
- Seulement ?
- Oui, allez y.
Résultat : le vélo roule mais le frein avant ne répond plus. La fuite hydraulique s’est aggravée dans le transport. Départ dimanche pour… Brazzaville.
Le vélo en pièces détachées dans un carton emballé de scotch. 22 kilos à la pesée. Départ demain pour Libreville.
Jeudi 05 juillet 2012. Cotonou (pour une semaine encore)
A défaut de pouvoir embarquer sur un cargo, je surfe…
Branché sur Internet comme jamais depuis le départ, j’ai trouvé la planque informatique en salle des profs de l’école Montaigne. On me confond souvent avec un collègue :
- “Et vous, alors, c’est quelle discipline ?”
- L’antiracisme ? Le voyage ? Le squatt et le pipot peut-être…
L’ambassade du Gabon à Lomé ne délivre pas de visas “comme ça”. Il faut un dossier solide. Quand j’essaie d’expliquer au premier adjoint, joint sur portable car il ne décroche pas sa ligne officielle, qu’il est difficile dans un vélo qui prend l’eau de pluie ou de mer depuis 9 mois de transporter une serviette (un porte document) il répond :
- “Et nous ? Quand on doit venir en France, comment croyez-vous que ça se passe ?”
1-0. Je n’ai pas vu filer la balle. Battu, je me plie aux exigences du bureaucrate et constitue, jour après jour, un dossier complet. Je surfe… tout en suivant l’Euro 2012 à la buvette d’un café.

Arrivé à Lomé, j’apprends que Bongo vient d’atterrir à Paris. La préposée aux visas accepte d’examiner mon dossier mais prévient :
- “normalement il faut un certificat de résidence ! Vous avez de la chance de tomber sur moi ! 35000 Francs !”
La courtoisie est en option et la lettre de soutien de l’ambassade de France fait son effet.
- “Revenez dans 48h !”
Bien Madame ! Merci Madame. Il ne me reste plus qu’à dénicher un coin où patienter. J’appelle Serge, l’ami d’un ami rencontré au Yes Papa (voire son déhanché ci-bas :)
Français installé à Lomé, Serge collectionne la musique Ouest-africaine des années 50 aux Indépendances. Il m’oriente vers une petite auberge peu chère mais correcte. Un gosse vend ses livres scolaires pour se faire de l’argent de poche. J’achète Le Mandat d’Ousmane Sembène. Il m’aide à passer le temps…

Ce matin, dès 8h, heure d’ouverture précisément, je suis à l’ambassade. Le premier adjoint arrive à 9h et sans un regard, me demande ce que je veux. Il fouille dans ses papiers. Le passeport n’est pas prêt. Il referme la vitre teintée. Avec le reflet du soleil je perçois ses gestes derrière : il tamponne mon visa. Ca vallait bien la peine d’attendre deux jours…
La pomme ne tombe jamais loin du pommier. Les anciennes colonies françaises ont hérité de la lourdeur administrative hexagonale. Mais ces dernières ont aussi développé leurs propres incohérences : une jeune maman gabonaise, arrivée peu après moi, s’est vu rétorquer qu’aucun document ne pouvait être délivré à ses enfants “parce que le père est malien, donc les enfants maliens”. Il lui fallait se rendre à l’ambassade du Mali “point, c’est comme ça”.
Elle avait beau répéter que le papa les avait abandonnés depuis longtemps, rien n’y fit. Et quand on connaît la situation au Mali…
Bureaucratie ! Oh Monstre froid !

Bref, pendant que Tombouctou meurt, je me vois délivrer un visa d’un mois pour voyager au Gabon. Même effet qu’une réussite au bac, je ressors du consulat le sourire au lèvres. Billet d’avion en poche, j’atterrirai, sauf aléa, mercredi prochain à Libreville.
Gabon, Congo, RDC, Angola puis Namibie… Commence alors une autre paire de manches.
Lundi 02 juillet 2012. Cotonou.

Une porte de sortie entrouverte : Libreville ! En saut de puce, par avion, atterrir au Gabon, si le visa m’est accordé. Or rien n’est gagné. L’ambassade du Gabon ne donne pas de visa touristiques. Il faut justifier d’un projet avec une ONG. J’ai donc constitué un véritable dossier administratif avec lettres de mission, attestations, invitations et autres bouts de papiers en “ion”.
Je pars demain à Lomé (taxi) pour déposer ma demande d’entrée sur le territoire. En croisant fermement les doigts…
Merci à toute l’équipe du MRAP à Lille, Mathilde H. de l’ambassade de France à Cotonou, Sidi B. de la Ville de Lille, Valérie du Sunset Beach Hôtel de Libreville (sur la rive duquel ma bouteille à la mer s’est posée) et Hubert K. de l’Association Gabonaise pour les Nations Unies qui m’invite à venir collaborer le temps de mon passage au Gabon.
Petite pensée aux amis du Bassin Minier qui voient certains de leurs sites ouvriers classés au patrimoine mondial de l’humanité. Une belle réussite ! Pensée également aux Maliens de Tombouctou, dont les mausolées sont mis en péril par l’ignorance et l’arrogance d’une poignée d’hommes…
Jeudi 21 juin 2012. Cotonou, Bénin.

Plouf ! Le plan bateau tombe à l’eau. Reste l’avion. Pourquoi pas le bus ?
Deux compagnies de cars assurent le voyage vers le Nigéria.
- La première traverse le pays mais refuse de me vendre un billet “parce qu’un Blanc, c’est trop de problèmes, trop de risques, ils sont capables de suivre le bus et de le dévaliser”. “Ils” ce sont les bandits nigérians. Alors si même les Béninois s’inquiètent de leur sécurité et de la mienne…Sans parler d’Al Quaida !
- L’autre compagnie accepte mais s’arrête à 1h du matin en gare routière de Lagos. Une gare routière la nuit, même à Ballan, c’est pas très rassurant. Alors dans la capitale du crime Ouest-africain, disons juste que ça craint.

Et le bateau alors ?
Au port, si j’étais chasseur dozo, je me métamorphoserais en container ou en réfrigérateur et je voyagerais sans entraves. Incapable de magie, et à moins de me glisser dans le container, impossible de monter à bord. “C’est proscrit” me répond le directeur d’une compagnie de fret béninoise.
On construit un monde où les marchandises circulent à la guise des expéditeurs. Pour les humains, repassez demain. Mais demain, c’est loin.
J’ai joué toutes mes cartes : l’ambassade du Nigéria, le directeur des chantiers navals du port autonome, un responsable du transit, les diverses compagnies maritimes, le match de foot des bleus à l’hôtel du port en espérant trinquer avec un capitaine…Rien à faire, les bleus ont perdu et la pêche n’est pas bonne. Rien ne sert d’accabler le poisson. On marche sur un fil…sans hameçon.
S’envoyer en l’air
C’est ce qu’il reste à faire avec les complications à tiroir que cela suppose : trouver un vol pas cher à destination d’un pays voisin : obtenir le visa pour ledit pays : si c’est le Gabon : retourner à l’ambassade à Lomé et si c’est le Cameroun : retourner à Accra et dans tous les cas faire une prolongation de visa au Bénin et obtenir le droit d’une deuxième entrée sur le territoire. Une fois cela assuré, acheter le billet, démonter le vélo et les sacoches et mettre tout ça en soute, coûte que coûte.

Voilà où j’en suis après une semaine passé à Cotonou (qui en langue fon veut dire ce qui est long et profond…effectivement on pourrait y rester coincé, la vie est douce par ici).
Je squatte dans l’entrepôt d’ENVIE BENIN, une boîte à responsabilité sociale qui gère le recyclage et la vente d’appareils électroménagers venus d’Europe (et qui cherche des partenaires en France soit dit en passant) après quelques nuits en auberge (le temps de trouver ce bon plan). Très bonne auberge d’ailleurs (“The Guesthouse”).
La ville est construite sur un marécage, les moustiques sont légions, l’influence musicale abidjanaise est bien présente et les zem, les motos taxis pétaradent du matin au soir. Envie de calme : l’océan est à côté. J’ai fait un entraînement de rugby sur la plage et j’ai parlé voyage / regard sur la différence aux mômes de l’école Lapins Bleus. Le défraiement régalera la soirée de soir, à la Béninoise (la bière locale). Joyeuse fête de la musique !