Julian Cyclo

Carnet de route d'un cyclovoyageur en quête de résilience écologique et sociale, en partenariat avec de jeunes lillois...

Itinéraire prévu dans les grandes lignes :


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Mardi 03 janvier. Marrakech. Quitté Rabat avec le visa mauritanien en poche, après un passage par l’AMDH (merci Abdou et Benoît).

Une conférence de presse porte sur la libération du rappeur L7A9D, détenu politique. Plongée au coeur des débats qui secouent le Maroc : formalisation ou non du M20, liberté d’expression, démocratisation du Royaume, etc.

Un journaliste s’intéresse au vélo qui trône dans l’entrée du local. Il passe un coup de fil à la rédaction et avec son accord, gratte un papier tandis que je discute avec Constantin, Congolais qui s’apprête à officialiser le “Conseil des Migrants Subsahariens du Maroc”.

L’UE ferme les frontières et s’arrange avec les Etats du Maghreb pour y délocaliser sa gestion des flux migratoires “made in Africa”. On y retrouve ainsi les mêmes problématiques qu’en Europe : régularisation de “sans-papiers”, discrimination, exploitation, racisme, désignation de bouc-émissaires parmi ces nouveaux groupes minoritaires, mais visibles.

Je poursuis sur Casa, ville archi-encombrée et polluée ; y dors (merci Hamid) et m’enfuis aussitôt réveillé en direction de Dar Bouazza ; passe Noël dans une coopérative agricole gérée, sous forme d’AMAP, par Terre et Humanisme Maroc à arracher des orties (qui serviront d’insecticide naturel), planter carottes et fenouils (c’est la saison), sillonner la terre avec une charrue (tractée par un âne), et surtout, me tailler de savoureuses tranches d’amitié dans le pain (bio) de la simplicité paysanne.

Sur place, je rencontre Seb et Maël. Leurs études d’agrologie mises en jachère pour un an, ils ont monté le projet Diversité Paysanne pour mieux appréhender l’agriculture au niveau du sol et le rôle essentiel joué par les agriculteurs ! Bravo !

Le bio était une évidence avant l’arrivée des intrants chimiques. Mais en quelques générations, un savoir-faire ancestral est décimé. Aujourd’hui il réapparait pour le compte d’une clientèle riche et souvent européenne…

Je reprends la route, hésitant sur l’itinéraire pour rejoindre Marrakech. Joker, j’appelle un parent (c’est mon dernier mot Jean-Pierre).

- “Allo papa, oui ça va, merci, joyeux Noël.
- Joyeux Noël (…) si tu veux manger des huîtres, va à Oualidia !”

Un plateau de fruits de mer m’aura convaincu (ce qui n’étonnera personne). Ce sera la côte Ouest : El Jadida et sa citerne d’eau pluviale (qui ne contient plus à présent que le seul liquide des touristes), Oualidia (et ses triploïdes importées et élevées en naissains, merci Si Mohammed et Si Rachid !), Safi (rencontre avec le tissu associatif local, merci Salaheddine, M’hamed et Jilali !), Chemaïa (Shoukrane Mounir !).

J’arrive à M’arakch (prononciation locale) pour le réveillon du 31, hébergé par les Kabbaj, amis de la famille (un grand merci !).

Un tour sur la place Jamâa El Fna me rend nostalgique du temps où le tourisme de masse n’existait pas. Le moindre sourire vaut 10 Dirhams, la photo le double, on est apostrophé toutes les 5 min par “Ola, Espanol ? English ? Français ? Ici, ici, venez manger ceci, acheter cela”. On en oublie de se saluer, les relations sont faussées… On se croirait à Dysney : désagréable sensation d’être dans un manège et devoir raquer pour attraper la queue du Mickey.

Toutefois, les montagnes du Haut Atlas qui délimitent le parc d’attraction valent à elles seules le coup d’oeil. Heureuse surprise de pouvoir les survoler dans un Cirrus monomoteur (merci Adil !), me prenant à la fois pour Saint Ex et Yann Arthus Bertrand. Sans leur talent, mais avec la même envie de croquer une ligne de fuite sur les pages blanches de l’existence, d’en dessiner les perspectives…

Roule désormais vers Essaouira. En vous souhaitant une belle année 2012, paix du coeur et de l’esprit, et beaucoup de chaudoudoux.

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