Julian Cyclo

Carnet de route d'un cyclovoyageur en quête de résilience écologique et sociale, en partenariat avec de jeunes lillois...

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Vendredi 20 avril 2012. Labé, Guinée.

Après Kédougou, rejoins le poste frontière sénégalais de Ségou. La police me loge et me nourrit dans cet hameau enclavé, soutenu par le PAM (programme alimentaire mondial). Je profite d’une journée de repos pour me baigner au pied de la cascade de Dindéfélo. Magique.

La première ville de Guinée est dénommée Lougué. Une journée de grimpe pour l’atteindre. Par endroit, la piste est tellement écharpée qu’il faut descendre et pousser le vélo. Lamine m’aide sur les premiers km. Quelques heures plus tard et dix litres de sueur en moins, j’atteins la Guinée. Il fait chaud, les gendarmes roupillent. Il me faut réveiller le sergent pour faire tamponner mon visa. Il se lève de mauvais poil, dans son débardeur blanc troué, et allume une clope. “Il faut attendre le chef”. On attend. Le chef arrive et me sermonne sur la tenue du passeport. “Chez nous ça doit être ordonné”. Tu parles…

La montagne ne s’arrête pas là. Il faut encore pousser. C’est dur. Je croise Gilbert et sa soeur, un phacochère sur la tête. Ils m’invitent à dormir chez eux. Il sont des forestiers (originaires du Sud) saisonniers venus cultiver l’arachide par ici. Je loge dans leur case provisoire et dans le plus profond des profondeurs de l’Afrique. Ni route, ni électricité, ni rien d’ailleurs si ce n’est le cadre naturel préservé des âges. Le panorama est splendide. A ma vue, les gosses se marrent ou se taillent en courant. Un blanc ?! Et s’il n’avait pas d’âme ?

Je continue de pousser le lendemain. En fin de journée je craque. C’est trop dur. Je rebrousse chemin et demande l’asile dans un village. Je découvre un jardin d’Eden où l’on se nourrit uniquement de ce que produit la terre et qui tombe des arbres. Les mangues ont un goût de miel, les branches croulent sous leur poids. Deux frangins m’hébergent sur le pas de leur case. Je reste une journée pour profiter du lieu, unique. Un paradis sur terre, mais tellement enclavé. La population souffre du manque de développement. Les politiciens jouent de la corde éthnique : diviser pour mieux régner. Quant à mon étude du racisme, la Guinée vallait le détour. Le projet trouve un écho très positif auprès des citoyens.

Je poursuis mon chemin vers Mali ville, passe le Mont Loura, saluant au passage La Dame de Mali qui trône à 1500 m d’altitude (photo ci dessus). Chaque soir, je trouve un hébergement dans un village. On m’accueille avec des mangues et le sourire. C’est toujours le même scénario. Je croyais connaître l’hospitalité. Ce n’était rien comparé à ce que je vis ici. Les Peuls du Fouta Djalon ont le coeur sur la main et la main assez large pour en contenir plusieurs.

La Guinée est le pays des superlatifs : le plus riche géologiquement (or, diamants, fer, beauxite, pétrole…) et le plus pauvre économiquement (qui en profite alors ?), le moins développé et le plus chaleureux (il faudra qu’on m’explique pourquoi ceux qui n’ont rien savent donner, et non l’inverse), le plus montagneux et le plus beau que j’ai vu jusqu’à présent.

En attendant l’ouverture du cyber, deux jeunes m’accostent. On discute un peu, ils décident de m’inviter chez eux et de me présenter l’école où ils ont étudié demain. Je fais donc halte à Labé.

Au programme ensuite : direction la forêt, le Sud de la Guinée. Il parait que les populations y ont conservé leurs traditions mystiques et culturelles. Je devrais y arriver en même temps que le début des pluies. Ça réserve sans doute de belles anecdotes. A Labé j’ai retrouvé le goudron et les montagnes se tassent peu à peu. La route devrait être plus facile…