Julian Cyclo

Carnet de route d'un cyclovoyageur en quête de résilience écologique et sociale, en partenariat avec de jeunes lillois...

Itinéraire prévu dans les grandes lignes :


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Vendredi 13 juillet 2012. Libreville, Gabon. 

J’ai failli ne pas monter dans l’avion. Alors que l’embarquement commençait, Léon, joint au téléphone, dit connaître des difficultés pour placer mon vélo en soute.

Léon : c’est un des opérateurs du fret à l’aéroport de Cotonou. Du moins, c’est à lui que j’ai confié le colis et remis 35000 Francs cash.

- “Ils refusent de prendre le paquet, ils disent qu’il est trop gros !”

…Les passagers du vol à destination de Libreville sont invités à se présenter à la porte d’embarquement. Leadies and gentlemen…

Mon sang ne fait qu’un tour. Je ne sais pas qui est ce “ils” mais je comprends que mon vélo risque de rester au sol.

J’alerte le chef d’embarquement. Il me renvoie au check in. Je repasse tous les contrôles en sens inverse et en accéléré, franchis le portique détecteur de métaux qui sonne qu’on soit armé jusqu’aux dents ou nu comme Adam. Sous l’oeil amusé des douaniers, surtout celui à qui je refusais de glisser un billet en gage de notre soudaine et unilatérale amitié.

Au check in, on m’indique le bureau de la compagnie. Je frappe puis entre sans attendre qu’on m’y invite. Surprise, je tombe nez à nez avec la jeune femme qui m’avait vendu le billet quelques jours plus tôt. 

J’explique le problème, le vélo qui ne passe pas en soute d’après Léon. Sans chercher à comprendre, elle me passe un savon : “Monsieur je vous avez dis de faire emballer le vélo à l’avance ! C’est qui ce Léon ? “

Je respire un grand coup et tâche de changer le ton que prend la conversation : “Madame, j’ai procédé comme vous me l’aviez indiqué. Dès le vendredi, jour d’achat du billet, je me suis rendu au fret. Quand je vous demandais de me donner un contact là-bas, vous m’avez répondu ‘allez y seulement’. J’y suis donc ‘allé seulement’ et j’ai traité avec Léon. Le vélo est emballé et prêt à embarquer depuis hier ! Je ne comprends pas…”

Elle se calme puis reprend : “Mais on ne confie pas le vélo à n’importe qui !” J’explose. “Mais vous n’aviez personne à me recommander au fret. Dans ce cas, il fallait me donner un contact !”

A cet instant, je prends conscience que Léon est effectivement n’importe qui. Je n’ai pas même un reçu en main qui prouve que c’est bien à lui que j’ai remis mon vélo. Et si on me le volait ?

La jeune femme appelle son responsable, déjà sur le tarmac à contrôler l’embarquement. C’est avec lui qu’il faut voir. Je lui demande une attestation. Elle refuse.

Allez y seulement !

A nouveau, je passe la police, la police des frontière, la douane, le portique déréglé, et me présente à la porte d’embarquement. Je saute dans le bus qui nous conduit, les retardataires et moi, au pied de l’avion, devant Edmond, chef d’escale.

On appelle Léon avec mes derniers crédits. Le bruit des turbines, le vent, l’excitation rend tout dialogue impossible. L’épuisement du crédit vient achever cette avorton de conversation. 

L’avion est prêt à décoller. Je refuse de monter sans le vélo. Edmond me rassure. Il est “LE” responsable ici et s’occupera personnellement d’embarquer le vélo dans le prochain vol, mais dans l’immédiat il faut que l’avion décolle.

Soit je monte sans le vélo en lui faisant confiance, soit il me débarque avec des pénalités à ma charge. 

Décoller seulement !

Je lui fais confiance et monte à bord en m’assurant qu’il enregistre le numéro de téléphone de Léon. Un sandwich cellophane et un café plus tard, j’atterris à l’aéroport Léon MBA de Libreville.

Je me rends au service de réclamation des bagages. On refuse de prendre ma déclaration car je n’ai pas de numéro de colis. C’est idiot mais je ne cherche pas à comprendre et laisse les deux employées reprendre leur bavardages. Désolé pour le dérangement !

Je m’installe alors au Sunset Beach Hôtel. Le vélo doit venir vendredi. Je profite du cadre idyllique offert par l’établissement (je pèse tous les mots de cette phrase), les pieds dans l’eau. Jeudi soir, je rencontre la famille de Lionel, l’ami d’un ami et assiste médusé aux préparatif de mariage du tonton : le règlement de la dot, les machettes, les marmites, les pagnes. La liste de mariage faite par la famille de la mariée n’en finit pas…

Ce vendredi midi, Edmond appelle : “C’est bon le vélo est embarqué et l’avion vient de décoller”. C’est un vendredi 13 mais je ne suis pas superstitieux. Je prends un taxi, direction l’aéroport. On m’indique le service de réclamation des bagages. J’entre.

- “Bonjour c’est pourquoi ?” C’est une dame plus âgée qui m’interroge. Les deux pipelettes ne sont visiblement pas là. Je lui explique.
- “Vous avez fait une déclaration ?”
-  J’éclate de rire. Non, parce que figurez vous, on me l’a refusé !”
- “Mais il fallait en faire une, on en fait toujours une !” …Maison de fous !

Rigoler seulement !

Les bagages sont débarqués sur le tapis roulant. Les passagers viennent récupérer leurs paquets et les agents de douanes contrôler les contenus.

Autour de moi, de nombreuses amitiés soudaines et unilatérales prennent place dans un joli ballet d’hypocrisie. Le vélo ne vient toujours pas. J’interpelle un jeune agent. Il part vérifier. Le vélo est resté en soute. Il l’amène. En sortant, il me prend par le bras et me glisse à l’oreille :

- “La douane va vous embêter. Qu’est ce que vous pouvez donner ? Je vais vous aider à passer. Je connais quelqu’un.” Je refuse et passe, seul, devant le douanier.
- “Qu’est-ce que vous avez là ? 
- Un vélo Monsieur.
- Neuf ?
- Non, pas vraiment. Il a déjà 10 j’ai at.000km au compteur.

- Allez y !
- Seulement ?
- Oui, allez y.

Résultat : le vélo roule mais le frein avant ne répond plus. La fuite hydraulique s’est aggravée dans le transport. Départ dimanche pour… Brazzaville.