Julian Cyclo

Carnet de route d'un cyclovoyageur en quête de résilience écologique et sociale, en partenariat avec de jeunes lillois...

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Le conte de Claude Steiner appliqué au FN

Le Front National avance masqué au Pays des Gueules Noires. Depuis la fermeture du site Metaleurop à Hénin Beaumont, en 2003, la recette a changé. L’extrême droite prône un discours articulé autour de la baisse du pouvoir d’achat et du chômage. Sur fond de crise économique et de défaites sociales, elle progresse. Pourtant, derrière un visage qui se veut souriant, chaleureux, maternel et rassurant, se cache une réalité glaçante.

Dans son entreprise de dénonciation, le comité lillois du MRAP diffuse régulièrement « Au Pays des Gueules Noires, la fabrique du Front National », un documentaire d’Edouard Mills Affif réalisé en 2004 à Hénin Beaumont. Le film décrit la façon dont le FN tire parti de la morosité ambiante et l’alimente en retour. Lors du débat qui suivit une projection dans un café de Wazemmes, une habitante du quartier raconta l’histoire des chaudoudoux de Claude Steiner. Nous l’en remercions ! Et nous dédions l’adaptation qui suit à tous les militants anti-froids-piquants.

« Il était une fois, dans des temps pas si anciens, un pays dont l’identité rimait avec solidarité, diversité et générosité. Les gens qui l’habitaient venaient de tous les horizons : Belgique, Italie, Pologne, Maroc, Algérie, Tunisie, Sénégal… La vie était dure, mais au fond du puits de mine, derrière le métier à tisser, ils s’entraidaient. Les jours étaient rythmés à la cadence des machines, et dans l’adversité, malgré la misère des uns et la maladie des autres, les coudes restaient serrés. Pour mieux affronter leurs conditions de vie parfois pénibles, ils échangeaient des chaudoudoux : des petits gestes du quotidien, gratuits, qui guérissent et enrichissent le cœur de chacun, et le rendent chaud et doux comme un chaudoudou.

Mais un jour, la multicrise arriva. Une crise économique : dans un monde où la compétition était globale, elle frappa de plein fouet les anciens sites industriels européens. Une crise sociale : couplée aux progrès technologiques, elle enferma chacun chez lui et l’éloigna de ses voisins, de ses amis. Une crise sociétale : l’Autre devint un concurrent, un danger potentiel, voire un ennemi commun. L’incompréhension, le désenchantement du quotidien, la peur de l’avenir fit qu’une chose terrible se produisit : les gens n’échangèrent bientôt plus leurs chaudoudoux. Plus du tout !

Dans le pays en crise, une nuit de tempête, débarqua la dangereuse sorcière Belzépha. Elle vivait du commerce de malheurs, que les plus clairs voyants appelaient  « froids-piquants ». En temps normal, les malheurs ne se vendent pas, ou si peu. Pour en acheter, il faut être inconscient ou à la rigueur très méchant. Mais quand le fond de l’air est triste, les gens ont les yeux mouillés de chagrin : par mégarde, il arrive qu’ils en achètent. Ils ne font plus la différence avec les chaudoudoux, ceux qui leur font vraiment du bien. Ou alors ils sont en colère et veulent se venger, parce qu’on leur a menti, qu’ils se sont sentis trahis. Ils ne font plus confiance à personne et ne croient plus aux chaudoudoux. Belzépha la sorcière profita de ce mauvais climat pour vendre ses horreurs. Les froids-piquants se propagèrent dans le pays comme un vilain virus.

Plus les gens en achetaient, plus Belzépha s’enrichissait. Elle riait beaucoup. Plus elle riait, plus les gens avaient envie de froids-piquants. Ils leur semblaient meilleurs. Cela donnait de méchantes idées à des apprentis sorciers. Par cupidité, ils copiaient la sorcière et vendaient à leur tour leurs lots de malheurs. Et plus les gens en achetaient, plus Belzépha riait, riait, riait. Les gens tombaient malade. C’était horrible !

Malgré cela, certains habitants avaient gardé l’habitude d’échanger leurs chaudoudoux, gratuitement. Ils se souvenaient du temps jadis où c’était monnaie courante. Ils étaient conscients du danger des froids-piquants. Inlassablement, ils résistaient et partageaient des chaudoudoux. Petit à petit, ceux-ci se répandirent à nouveau…»

On ne vous contera pas la fin, on préfère l’écrire avec vous. Et on partagera nos chaudoudoux, quand vous voudrez !

Julian, MRAP Lille

Sur une idée généreuse d’une habitante du pays en question,

D’après Claude Steiner, Le conte chaud et doux des chaudoudoux,

InterEditions 1984, adaptation française de « A Warm Fuzzy Tale »

  1. juliancyclo a publié ce billet