Dimanche 6 novembre. Alger. Jour de l’Aïd El Kebir. Les moutons font l’objet de toutes les attentions depuis deux semaines. Leur prix également : compter vingt trois mille dinars pour un animal de taille moyenne. En comparaison, le salaire minimum est de quinze mille. Un vrai sacrifice pour le portefeuille !

Dans les rues, les gamins comparent les bêtes qu’ils promènent au gré des jeux. Logés sur les balcons ou dans les cours d’immeuble, elles sont égorgées depuis ce matin et transformées en brochettes pour le lendemain. La capitale a pris un air soudain de campagne, l’odeur de la laine remplace l’huile des moteurs, le foin fait son apparition sur les pavés.

L’Aîd célèbre le geste biblique d’Abraham, et par là les liens des Musulmans avec leurs cousins juifs. Tout un symbole quand - pour parler un peu de racisme, fil rouge du voyage - on pointe régulièrement dans la bouche de certains habitants un ressentiment anti-juifs. On ne peut parler d‘“antisémitisme” puisque les Arabes sont un peuple sémitique. Évoquer l’antisionisme ne suffit pas non plus pour qualifier certains propos belliqueux revenus à mes oreilles, sauf à considérer comme certains en Allemagne qu’il est une déclinaison du racisme, ce que je ne ferai pas. Débat tendancieux, à approfondir plus tard et à lier, inévitablement, à la question palestinienne. Pour aujourd’hui, restons en à la fête célébrée partout dans le monde arabo-musulman. Aïd Mabrouk ! Bonnes fêtes, en arabe.

Alger ne ressemble à aucune autre ville visitée. La capitale voit les cinémas fleurir, de nombreux musées ouvrent leurs portent, les boutiques de modes habillent la rue Didouche… L’âme d’Alger se trouve à la Casbah, l’ancien quartier arabe du temps colonial, classé au patrimoine mondial de l’humanité, aujourd’hui en délabrement faute de politique d’envergure pour restaurer les battisses au style mauresque vieilles de plusieurs siècles.

La Casbah s’est étendue sous le règne ottoman, les moudjahidines en sont sortis pour combattre la colonisation pendant la guerre d’Indépendance, les terroristes s’y terraient pendant les années noires… Sans guide, impossible de ne pas se perdre dans les dédales de ses ruelles.

Coup de chance, Monsieur Karra, un habitant du quartier nous la fera visiter gracieusement. L’industrie du tourisme n’est pas en Algérie, et pour cause : les citoyens se suffisent à eux même pour la promotion du pays. Violoniste de renom, membre de l’orchestre symphonique national, il nous contera l’histoire du quartier sur un air entraînant.
