English / I came back to Lille in March. On 21st, MRAP crew organized an event to celebrate and offered me this paininting from French artist Philippe Hollevout, which I’m very proud and happy to share back on this blog !
Français / Revenu à Lille en mars, le 21 les copains du MRAP avaient organisé une soirée de retour. Ils m’ont offert cette toile de l’artiste peintre Philippe Hollevout. Je suis fier et heureux de la partager en retour sur ce blog !
Streetart à Soweto, 2012
Pour en voir plus, le lien d’un petit reportage sur la question, confié par Nono. Merci !
Mardi 18 decembre 2012, Cape Town le retour. Afrique du Sud.

Le stop, moyen de transport universel et largement pratique partout en Afrique
Apres une traversee atmospherique du vieux desert, je me retrouve a la croisee des routes. Un carton dans la main indiquant “Luderitz”. Et Young Tree, de Groundation, dans les oreilles.
Je veux aller dans cette petite ville du bord de mer pour son histoire. En effet, pendant la colonisation de la Namibie par le Reich allemand, Luderitz (du nom d’Adolf Luderitz, son fondateur, un bremois fort en commerce) abritait un des tous premiers camps de concentration et d’extremination du continent. Etonnant, non ? Qui s’en souvient ?

Vue de Ludertitz et de Fesenkirche. La baviere n’est pas loin…
Apres deux heures a patienter sous le soleil, un camion s’arrete et j’embarque. Il doit livrer de la viande dans la prison de Luderitz. 3 heures de routes, dans le desert jaune et blanc, avec les chevaux sauvages pour seule distraction et le la question du chauffeur qui me demande : “pourquoi Dieu a fait les Blancs intelligents et nous avec rien ?” Frantz Fanon, Steeve Biko, Cesaire, a la rescousse…
A l’arrivee, je pars visiter la ville et surtout, l’ile qui abritait le camp.
Je m’etonne de trouver sur Sharkisland un camping tout en beton. Les touristes, le gardien, personne ne connait l’histoire de l’ile. Faire d’un camp un camping, il fallait le faire. Seule une petite plaque commemorative nous rappelle que femmes, hommes et enfants sont morts ici. Comment, dans quelles conditions, pourquoi, on ne sait pas. Pour plus d’info, je pars au musee.

Mama Africa. Photo volee d’un portrait de femme Herero au musee de Luderitz
Et la pareil, rien sur l’histoire du genocide herero. Quand je demande a la conservatrice si je peux obtenir des informations, elle repond non puis baisse les yeux. A la bibliotheque, rien non plus. Et a l’office de tourisme non plus.
Apres Robben Island ou l’on a fait d’une prison politique un lieu de patrimoine mondial pour commemorer - je cite - “le triomphe de l’esprit humain sur la barbarie”, je suis bien desole de voir qu’ailleurs, on continue de jeter l’histoire en pature.
C’est dommage…Mais instructif.
Retour de Luderitz hier. Journee tranquille a Cape Town aujourd’hui et remontee tranquille vers Jo’burg des demain, en auto-stop le long de la cote.
Joyeuses fetes de fin d’annee a tous les lecteurs toujours plus nombreux de ce blog.
“…Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages…”
Traversee atmospherique du Namib. Entre les montagne qui slament, les dunes qui chantent et les nuages qui dansent. La nature et ses courbes orgasmiques. Un message d’amour quasi mystique.
Adieux au desert avant le retour en France. Decembre 2012. Le plus vieux desert du monde. Le Namib. Berceau de l’humanite et des serpents cosmiques. Il en vu des insectes lui grimper sur la crete depuis des millenaires.
“Les etres humains sont sur la terre ce que les fourmis sont au sol : infinitesimales spheres de genie et de protocole…”
Deux jours dans un camion de baroudeurs de la compagnie Dragoman. Ceux qui le squattent y vivent depuis deux mois. Les soutifs sechent au plafond et la poussiere colle aux sieges. Nickel. Il y en a un de libre. J’embarque…
Sejour a Robben Island avec Oncle Kathy et sa fondation. Decembre 2012. Dany, documentariste americain de renom accompagne la premiere promo de jeunes leaders sur l’íle. Les jeunes s’ouvrent au monde. Certains n’ont jamais vu la mer. Et ils comprennent soudainement, profondement, pourquoi lutter contre le racisme est au coeur de notre humanite. Revenu en dansant… La revolution en progres… Et en chanson !!!
Lundi 17 septembre 2012, Gaborone, Botswana.

On compte au Botswana plus d’elephants que d’habitants. Meme en longeant la route nationale qui relie Kasane, Francistown et Gaborone, la capitale, la rencontre avec des hominides est rare. Quelques babouins a la rigueur…



Apres deux jours et deux nuits passes dans le parc Chobe (au Nord du pays) a tutoyer les giraffes, chatouiller les impalas et detaler sous les crocs aceres d’un lion, je retrouve le gout de la solitude et quelques vieux reflexes de bedouin abandonnes dans un Sahara lointain : transporter 8 litres d’eau potable, de la nourriture pour plusieurs jours, rouler de facon rectiligne dans un vaste neant : le Kalahari cette fois; toujours sous un soleil de plomb.


En une semaine, j’avale pres de 1000 km et franchi le parallele Sud, le tropique du Capricorne. Avec celui du Cancer et l’equateur, c’est un trophe de plus a la collection, le dernier, mais pas des moindres.

Me voila desormais aux portes de l’Afrique du Sud apres une annee passee a contempler le monde, ce tableau magnifique, a travers le cadre d’un velo; a progresser lentement et mesurer metre apres metre, kilometre apres kilometre, le chemin parcouru et a parcourir.

D’ici, je peux voir les premieres montagnes de Limpopo et deviner Joburg et Soweto. Surtout, je peux regarder derriere et revisiter chaque place, chaque village traverses. Et tout au bout apercevoir la case d’ou je suis parti et ma tribue. Oui le monde est un village global, aussi infiniment grand qu’il est infiniment petit.

Retour prevu en fevrier, le billet est reserve. D’ici la, je vais m’installer a Soweto (Pimville) chez la maman d’une amie d’un ami d’amis (si un jour Jean Pierre me propose de gagner des millions en passant un appel a un ami, je serais bien embete de choisir ; Many thanks to Bongo and all the Romain familly) et investiger l’anti-racisme et -racialisme de plus pres. Puis je troquerai mon Bike contre une paire de chaussures et un sac a dos pour gambader en Namibie. Enfin, Mein Party Kapitain me rejoint et on ira voguer a Madagascar. Y a plus degueu comme programme, je sais…
PS : clavier qwerty sans les accents
Jeudi 31 mai 2012. Abidjan.
Visas du Ghana et du Togo en poche, des petits princes dans les sacoches, pneus neufs et nouvelles plaquettes de freins, axe du pédalier resseré, yalah c’est bon on peut y aller. Direction Accra en longeant la mer.

Merci à Olivier et ses colocs. J’ai découvert une ville dans laquelle il est extrêmement difficile de ne pas nouer d’amitiés. Les ivoiriens d’Abidjan ont le contact plus que facile : deux mots échangés en appartée et on finit tous autant qu’on est à boire un verre au maquis.
Si les Dakarois sont de grands sportifs (on les voit courir sur la plage dès 6 h du matin) les Abidjanais sont de grands fêtards (on les voit en terrasse dès 6 h du soir). La preuve, c’est ici qu’on danse le zouglou ! Et s’il est faux de dire que Dakar ne vit pas aussi la nuit, je n’ai vu personne en jogging à Abidjan aux heures fraîches du matin…
“Prenez le maquis, pas la guerre” pourrait être la devise officieuse du pays qui goûte avec bonheur le fait de vivre à nouveau en paix. Devise par ailleurs bien plus sexy que le triptique officiel “union, discipline, travail” (qui sent les coups de fouet ; les coups d’Houphouët ?)
Maquisards de tous pays, unissons-nous !
Citoyens burkinabés. Venus en Côte d’Ivoire pour travailler au moment où l’économie fleurissait, ils sont pointés du doigt en période de crise. Victimes de la politique universelle de désignation de boucs émissaires et d’instrumentalisation de la peur. “On était obligé de se barricader quand les milices faisaient leurs descentes. On réclame la justice. Sans la justice, il ne peut pas y avoir de réconciliation !”
Lundi 21 mai 2012. Yamoussoukro.

La route entre Man, Duekoué et Daloa est réputée dangereuse. Des coupeurs de route pillent les automobilistes. Ne sachant pas où dormir je trouve refuge auprès de Dozos.
Chasseurs traditionnels, ils assurent bénévolement la sécurité sur cette partie du territoire. Armés de fusils artisanaux, ils portent une ribambelle de gri-gris autour du cou ou accrochés à leurs vêtements.
Ils disent ne pas craindre les balles et pouvoir avancer même si on leur tire dessus. Ils disent aussi savoir se fondre dans la brousse et pister n’importe quel animal, fut-il un lion ou un malfrat.
Ils sont organisés en confrérie et agissent “pour le bien de l’humanité”. La nuit fut agréable, malgré la rudesse du banc en bois qui servait de matelas et la pluie qui nous surprit en plein sommeil, la bâche de l’abri ne s’avérant que peu étanche…
Le baobab est un mangeur d’huîtres. Il se nourrit des nutriments calcaires qu’il trouve dans le sol.
Il existe à Fadiouth (petite côte, proche de Joal) une île formée uniquement de coquillages. L’île est un cimetière où poussent de nombreux baobabs.
Selon la tradition serère (ethnie sénégalaise peuplant le Sine Saloum), les morts étaient enterrés sous un tumulus de coques.
La planète du Petit Prince qui contenait trois baobabs devait être drôlement calcaire et le Petit Prince, peut-être un sacré amateur de fruits de mer !
Lundi 26 mars 2012. Dakar.
Les élections se sont déroulées dimanche 25 dans le calme. Les premières tendances laissent rapidement présager la victoire écrasante du candidat du rassemblement de l’opposition Macky Sall. A la télévision, on annonce en début de soirée l’appel du Président sortant Abdoulaye Wade à son concurrent pour “le féliciter”. Dès lors, plus besoin d’attendre l’annonce officielle, le peuple a gagné, le Vieux est désavoué.
Made arrive avec un véhicule, surexcité. Il nous embarque Ndof, Codé et moi en direction du Radisson, hôtel luxueux dans lequel le nouveau Président et sa cour ont élu domicile. La foule - des jeunes Dakarois - se presse dans le vestibule et les gardiens sont rapidement débordés. Aux cris de “Macky Président” et aux rythme des calebasses nous investissons l’hôtel, devant le regard incrédule - mais amusé - des habitués. C’est un peu comme si, en France en 2007, Saint Denis s’était rassemblé au Fouquet’s pour accueillir Sarkozy !
Macky fait sa première déclaration devant une armée d’objectifs de presse. Codé et Ndof parviennent en sortant à lui serrer la main. Nous filons devant le siège de l’Alliance Pour la République où la fête bat son plein. ”Gorgui déna gorgui déna soule léen ko” scandent les manifestants : le vieux est mort, le vieux est mort il faut l’enterrer. Après 12 ans de règne, l’alternance est accueillie jovialement. Youssou Ndour, Gadio, Tanor, et les autres candidats du M23 sont également présents.
En réalité, la partie n’est pas encore jouée. Le peuple n’a pas voté pour Macky mais contre Wade. C’est-à-dire pour le respect de la constitution. Autrement dit, contre la personnalisation monarchique des institutions. La démocratie a gagné, certes. Mais la compétition électorale prendra sa vraie tournure lors des législatives de juin prochain…
Pour l’instant, les frontières maliennes sont toujours fermées et des manifestations sont prévues aujourd’hui à Bamako. Je temporise donc en attendant de prendre une décision : partir vers la Gambie puis la Guinée pour rejoindre la Côte d’Ivoire, ou bien vers le Mali, à condition que la situation se normalise.
Il y’a d’un côté les Sénégalais qui prouvent leur maturité républicaine ; qui répondent par les urnes à une tentative de confiscation du pouvoir. De l’autre les Maliens, pris en étau entre la rébellion touareg au Nord et un coup d’Etat qui risque de dégénérer en guerre civile. On espère que ça n’arrivera pas…