Julian Cyclo

Carnet de route d'un cyclovoyageur en quête de résilience écologique et sociale, en partenariat avec de jeunes lillois...

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Cotonou rime avec deux-roues

Jeudi 05 juillet 2012. Cotonou (pour une semaine encore)

A défaut de pouvoir embarquer sur un cargo, je surfe…
Branché sur Internet comme jamais depuis le départ, j’ai trouvé la planque informatique en salle des profs de l’école Montaigne. On me confond souvent avec un collègue :

- “Et vous, alors, c’est quelle discipline ?”
- L’antiracisme ? Le voyage ? Le squatt et le pipot peut-être…

L’ambassade du Gabon à Lomé ne délivre pas de visas “comme ça”. Il faut un dossier solide. Quand j’essaie d’expliquer au premier adjoint, joint sur portable car il ne décroche pas sa ligne officielle, qu’il est difficile dans un vélo qui prend l’eau de pluie ou de mer depuis 9 mois de transporter une serviette (un porte document) il répond :

- “Et nous ? Quand on doit venir en France, comment croyez-vous que ça se passe ?” 

1-0. Je n’ai pas vu filer la balle. Battu, je me plie aux exigences du bureaucrate et constitue, jour après jour, un dossier complet. Je surfe… tout en suivant l’Euro 2012 à la buvette d’un café. 

Arrivé à Lomé, j’apprends que Bongo vient d’atterrir à Paris. La préposée aux visas accepte d’examiner mon dossier mais prévient :

- “normalement il faut un certificat de résidence ! Vous avez de la chance de tomber sur moi ! 35000 Francs !”

La courtoisie est en option et la lettre de soutien de l’ambassade de France fait son effet.

- “Revenez dans 48h !”

Bien Madame ! Merci Madame. Il ne me reste plus qu’à dénicher un coin où patienter. J’appelle Serge, l’ami d’un ami rencontré au Yes Papa (voire son déhanché ci-bas :) 

Français installé à Lomé, Serge collectionne la musique Ouest-africaine des années 50 aux Indépendances. Il m’oriente vers une petite auberge peu chère mais correcte. Un gosse vend ses livres scolaires pour se faire de l’argent de poche. J’achète Le Mandat d’Ousmane Sembène. Il m’aide à passer le temps…

Ce matin, dès 8h, heure d’ouverture précisément, je suis à l’ambassade. Le premier adjoint arrive à 9h et sans un regard, me demande ce que je veux. Il fouille dans ses papiers. Le passeport n’est pas prêt. Il referme la vitre teintée. Avec le reflet du soleil je perçois ses gestes derrière : il tamponne mon visa. Ca vallait bien la peine d’attendre deux jours…

La pomme ne tombe jamais loin du pommier. Les anciennes colonies françaises ont hérité de la lourdeur administrative hexagonale. Mais ces dernières ont aussi développé leurs propres incohérences : une jeune maman gabonaise, arrivée peu après moi, s’est vu rétorquer qu’aucun document ne pouvait être délivré à ses enfants “parce que le père est malien, donc les enfants maliens”. Il lui fallait se rendre à l’ambassade du Mali “point, c’est comme ça”.

Elle avait beau répéter que le papa les avait abandonnés depuis longtemps, rien n’y fit. Et quand on connaît la situation au Mali…

Bureaucratie ! Oh Monstre froid !

Bref, pendant que Tombouctou meurt, je me vois délivrer un visa d’un mois pour voyager au Gabon. Même effet qu’une réussite au bac, je ressors du consulat le sourire au lèvres. Billet d’avion en poche, j’atterrirai, sauf aléa, mercredi prochain à Libreville. 

Gabon, Congo, RDC, Angola puis Namibie… Commence alors une autre paire de manches.


Lundi 02 juillet 2012. Cotonou. 

Une porte de sortie entrouverte : Libreville ! En saut de puce, par avion, atterrir au Gabon, si le visa m’est accordé. Or rien n’est gagné. L’ambassade du Gabon ne donne pas de visa touristiques. Il faut justifier d’un projet avec une ONG. J’ai donc constitué un véritable dossier administratif avec lettres de mission, attestations, invitations et autres bouts de papiers en “ion”.

Je pars demain à Lomé (taxi) pour déposer ma demande d’entrée sur le territoire. En croisant fermement les doigts…

Merci à toute l’équipe du MRAP à Lille, Mathilde H. de l’ambassade de France à Cotonou, Sidi B. de la Ville de Lille, Valérie du Sunset Beach Hôtel de Libreville (sur la rive duquel ma bouteille à la mer s’est posée) et Hubert K. de l’Association Gabonaise pour les Nations Unies qui m’invite à venir collaborer le temps de mon passage au Gabon.

Petite pensée aux amis du Bassin Minier qui voient certains de leurs sites ouvriers classés au patrimoine mondial de l’humanité. Une belle réussite ! Pensée également aux Maliens de Tombouctou, dont les mausolées sont mis en péril par l’ignorance et l’arrogance d’une poignée d’hommes…

Jeudi 21 juin 2012. Cotonou, Bénin.

Plouf ! Le plan bateau tombe à l’eau. Reste l’avion. Pourquoi pas le bus ?

Deux compagnies de cars assurent le voyage vers le Nigéria.

- La première traverse le pays mais refuse de me vendre un billet “parce qu’un Blanc, c’est trop de problèmes, trop de risques, ils sont capables de suivre le bus et de le dévaliser”. “Ils” ce sont les bandits nigérians. Alors si même les Béninois s’inquiètent de leur sécurité et de la mienne…Sans parler d’Al Quaida ! 

- L’autre compagnie accepte mais s’arrête à 1h du matin en gare routière de Lagos. Une gare routière la nuit, même à Ballan, c’est pas très rassurant. Alors dans la capitale du crime Ouest-africain, disons juste que ça craint.

Et le bateau alors ?

Au port, si j’étais chasseur dozo, je me métamorphoserais en container ou en réfrigérateur et je voyagerais sans entraves. Incapable de magie, et à moins de me glisser dans le container, impossible de monter à bord. “C’est proscrit” me répond le directeur d’une compagnie de fret béninoise.

On construit un monde où les marchandises circulent à la guise des expéditeurs. Pour les humains, repassez demain. Mais demain, c’est loin.

J’ai joué toutes mes cartes : l’ambassade du Nigéria, le directeur des chantiers navals du port autonome, un responsable du transit, les diverses compagnies maritimes, le match de foot des bleus à l’hôtel du port en espérant trinquer avec un capitaine…Rien à faire, les bleus ont perdu et la pêche n’est pas bonne. Rien ne sert d’accabler le poisson. On marche sur un fil…sans hameçon.

S’envoyer en l’air

C’est ce qu’il reste à faire avec les complications à tiroir que cela suppose : trouver un vol pas cher à destination d’un pays voisin : obtenir le visa pour ledit pays : si c’est le Gabon : retourner à l’ambassade à Lomé et si c’est le Cameroun : retourner à Accra et dans tous les cas faire une prolongation de visa au Bénin et obtenir le droit d’une deuxième entrée sur le territoire. Une fois cela assuré, acheter le billet, démonter le vélo et les sacoches et mettre tout ça en soute, coûte que coûte.

Voilà où j’en suis après une semaine passé à Cotonou (qui en langue fon veut dire ce qui est long et profond…effectivement on pourrait y rester coincé, la vie est douce par ici).

Je squatte dans l’entrepôt d’ENVIE BENIN, une boîte à responsabilité sociale qui gère le recyclage et la vente d’appareils électroménagers venus d’Europe (et qui cherche des partenaires en France soit dit en passant) après quelques nuits en auberge (le temps de trouver ce bon plan). Très bonne auberge d’ailleurs (“The Guesthouse”). 

La ville est construite sur un marécage, les moustiques sont légions, l’influence musicale abidjanaise est bien présente et les zem, les motos taxis pétaradent du matin au soir. Envie de calme : l’océan est à côté. J’ai fait un entraînement de rugby sur la plage et j’ai parlé voyage / regard sur la différence aux mômes de l’école Lapins Bleus. Le défraiement régalera la soirée de soir, à la Béninoise (la bière locale). Joyeuse fête de la musique !

Mardi 12 juin 2012. Lomé.

Depuis quelques semaines, j’adopte un rythme de voyage plus rapide. Il faut dire que vendredi prochain, cela fera exactement 9 mois de route. Si je veux tenir mes délais (j’avais quand même prévu de la marge) je dois avancer.

Je devrais être à Cotonou dans deux jours. De là, deux solutions se présentent : trouver un bateau et débarquer quelque part en Afrique centrale ou bien partir par route au Nigéria. Mais le Nigéria, ça craint un peu on dirait…

Sur le site du MAE à propos du Nigéria on peut lire : Il est recommandé de ne pas se déplacer à pied en ville et, en voiture, de rouler vitres et portières verrouillées. L’insécurité se manifeste par des attaques diurnes et nocturnes, sur les routes et dans les villes, y compris aux domiciles, par des groupes armés à la recherche d’argent, d’objets de valeur ou de véhicules.

Ah bah ça tombe bien, je ne me déplace ni à pied ni en voiture, et je n’ai ni vitre ni portière. Ouf !