Samedi 9 juin 2012, Accra, Ghana.

Parti d’Abidjan après un copieux petit déj aux pépites de chocolats ; rejoint Grand Bassam et dormi chez un membre de la cour du Roi de Moosou ; fait le pari de rejoindre le Ghana en roulant sur la plage ; pari réussi jusqu’à ce qu’une vague qui n’avait rien à faire là (c’était marée basse) n’emmène mon vélo faire trempette dans la mer ; découvert que j’étais au Ghana quand sous un cocotier un jeune pêcheur me répond en anglais ;

fait demi-tour pour trouver le village de New Town dépassé dans mon élan ; passé 15 min à expliquer pourquoi je prétendais arriver de Côte d’Ivoire alors que les agents de police me voyaient arriver de l’Est ; bu le coca qu’ils offraient pour me récompenser (ça ne compense pas certaines pertes en matériel électronique mais ça réconforte…) ; feint d’ignorer les sous qu’ils rackettaient aux autres voyageurs motorisés et avec lesquels ils offrent du coca ;

dormi dans un village N’zéma et mangé du porridge au petit déjeuner (so british…) ; roulé sous la pluie et compris ce que signifie “saison des pluies” ; visité les chateaux d’Elmina et Cape coast, deux des plus grands points de départ des navires négriers (aussi grands que leurs portes de non retour sont petites…) ; failli être enfermé dans une cellue par un gardien pressé de partir ; négocié avec le veilleur de nuit de pouvoir garer le vélo dans le chateau et dormi dans la pêcherie d’Elmina avec un rasta : un abri de bois et de tôle sur piloti ; admiré la vue qu’il offrait (avec laquelle aucun hôtel ne peut rivaliser) sur la ville en étant bercé par les clapotis de l’eau et le ressac des vagues au large ;

cru entendre Stanley Beckford à chaque fois qu’un vieux ghanéen me parlait ; arrivé à Accra dans un embouteillage monstre ; rebondi de voitures en pare-chocs jusqu’à l’école française ; dormi chez Mathieu, prof d’EPS et cyclo voyageur à ses heures ; partagé nos expériences et nos anectodes et arrivés à la même conclusion : rien de tel qu’un long voyage à vélo pour apprendre à se connaître et à connaître ses semblables ; expliqué mon voyage aux enfants de l’école aux yeux grands écarquillés ; parti pêcher le barracouda au harpon toute la journée, la tête sous l’eau.

“Le nez dans le guidon, la tête sous l’eau” littéralement ;-)
Grâce à Eric, prof de Maths un plan bateau depuis Cotonou se dessine sérieusement…Affaire à suivre. Ou du moins un plan sûr pour éviter les zones les plus dangereuses du Nigéria…
Grosse pensée toute la semaine et particulièrement aujourd’hui à Charles et Laurie qui se marient. Félicitations ! Un toast à votre bonheur !
Citoyens burkinabés. Venus en Côte d’Ivoire pour travailler au moment où l’économie fleurissait, ils sont pointés du doigt en période de crise. Victimes de la politique universelle de désignation de boucs émissaires et d’instrumentalisation de la peur. “On était obligé de se barricader quand les milices faisaient leurs descentes. On réclame la justice. Sans la justice, il ne peut pas y avoir de réconciliation !”
Jeudi 24 mai 2012, Abidjan, Côte d’Ivoire, pays de Tiken Jah, Alpha Blondy et des balayeurs balayés !!
Relié Yamoussoukro, capitale politique, à Abidjan, capitale économique en 2 jours de temps. Soit 250 kilomètres parcourus sur un goudron impeccable mais rudement vallonné. Il faut dire que j’étais motivé par l’idée d’arriver.
A l’entrée d’Abidjan, un béret rouge dresse sa barricade devant moi. “J’ai soif mon ami”. Moi aussi. Faussement naïf, je lui tend une bouteille d’eau. Je fais semblant de ne pas comprendre qu’il attend d’autres liquides. Impassible, je compte les secondes tandis que les véhicules s’accumulent derrière moi. Il me laisse finalement continuer, un peu déçu.
Olivier, copain de fac et journaliste, m’accueille. Rendez vous au café Chez Pako des 2 plateaux. J’attaque une coupe de crème glacée en l’attendant. Du chocolat et de la chantilly : je n’en avais plus vu depuis Dakar. Je fonds.
Puis on part au “maquis”, c’est-à-dire boire des verres en mangeant des brochettes d’escargots et du poulet braisé accompagné d’alloco, des bananes plantin frites. Un délice ! Laura, correspondante américaine pour divers médias anglo-saxons nous accompagne.
Au programme des prochains jours et dans l’ordre des priorités : repos, entretien du vélo et du matériel, concerts de reggae, visas, interventions pédagogiques et interviews, visite à l’OMAOC afin de dénicher quelques contacts dans les ports de Lomé et Cotonou, d’où je tenterai d’embarquer pour traverser le golfe de Guinée…en cargo ou bateau stop…Si vous connaissez un capitaine ou un skipper dans le coin, n’hésitez pas !
J’écris actuellement depuis le bureau local de l’AFP où Quentin, coloc d’Olivier, travaille et me propose de stocker mes données vidéos. Une aubaine car on est jamais à l’abri d’une rupture de disque dur. Cerise sur le gâteau : une connexion internet optimale qui me permet de vous faire profiter d’un bref aperçu, en images, des quelques jours passés en route.
Départ de Man, sous les nuages et sous traitement antipalu jeudi 17 mai

Nuit au barrage routier dozo, 18 km avant Duekoué en compagnie de deux guerriers et d’un chauffeur de camion tombé en panne juste à côté. Il s’appelle Aka, son rêve est d’aller en Afrique du Sud, le pays de Mandela. Il me rappelle que l’humanité est indivisible : on peut être né à deux endroits différents et vivre deux réalités divergentes et toutefois partager, aussi loin qu’on regarde, le même rêve et le même désir d’égalité. La nuit fut belle et poétique…

Visite du camp dozo à Duekoué et concert de Kora improvisé vendredi 18 mai. Le joueur chante mes louanges et remercie mes parents d’avoir donné naissance à un garçon comme moi. Papa, Maman, le message vous revient ;-)

Des bulles et du sucre pour avancer, dédicace au Grand Youki et à tous les copains qui capteront

Basilique Notre Dame de la Paix construite par feu Felix Houphouët Boigny à Yamoussoukro, lundi 21 mai. Vous avez dit folie des grandeurs ?

Fondation Felix Houphouët Boigny pour la paix, Yamoussoukro. Un bâtiment qui en jette !

Son responsable du centre de documentation m’explique que le rôle de la fondation est d’abord de présenter Felix sous l’angle de l’homme de paix, “car c’était aussi un homme de paix”. A noter le “aussi” (sic !)

Lundi 21 mai 2012. Yamoussoukro.

La route entre Man, Duekoué et Daloa est réputée dangereuse. Des coupeurs de route pillent les automobilistes. Ne sachant pas où dormir je trouve refuge auprès de Dozos.
Chasseurs traditionnels, ils assurent bénévolement la sécurité sur cette partie du territoire. Armés de fusils artisanaux, ils portent une ribambelle de gri-gris autour du cou ou accrochés à leurs vêtements.
Ils disent ne pas craindre les balles et pouvoir avancer même si on leur tire dessus. Ils disent aussi savoir se fondre dans la brousse et pister n’importe quel animal, fut-il un lion ou un malfrat.
Ils sont organisés en confrérie et agissent “pour le bien de l’humanité”. La nuit fut agréable, malgré la rudesse du banc en bois qui servait de matelas et la pluie qui nous surprit en plein sommeil, la bâche de l’abri ne s’avérant que peu étanche…