Streetart à Soweto, 2012
Pour en voir plus, le lien d’un petit reportage sur la question, confié par Nono. Merci !
Retour en France.
Avec les yeux neufs et la paresse du lémurien.
L’Afrique est loin.
Ce blog continuera à vivre. J’ai toujours un petit vélo dans la tête, assez de photos pour illustrer les 360 et quelques prochaines journées. Et bien quelques anecdotes à partager…
S’il faut l’écrire, MERCI. A celles et ceux qui se sont penchées sur la carte pour voir où je me trouvais ; qui ont suivi mon aventure de près ou de loin ; qui m’ont conseillé ; qui m’ont orienté ; qui m’ont hébergé ou fait héberger ; qui m’ont accompagné, sur la route, par la pensée ; m’ont soutenu à leur façon ; m’ont écrit ; m’ont donné des nouvelles ; un peu d’eau ou une tranche de pain ; un sourire ; ou une grande claque dans le dos ; une claque de copain. MERCI.
Je reviens de loin.
“…Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages…”
Traversee atmospherique du Namib. Entre les montagne qui slament, les dunes qui chantent et les nuages qui dansent. La nature et ses courbes orgasmiques. Un message d’amour quasi mystique.
Adieux au desert avant le retour en France. Decembre 2012. Le plus vieux desert du monde. Le Namib. Berceau de l’humanite et des serpents cosmiques. Il en vu des insectes lui grimper sur la crete depuis des millenaires.
“Les etres humains sont sur la terre ce que les fourmis sont au sol : infinitesimales spheres de genie et de protocole…”
Deux jours dans un camion de baroudeurs de la compagnie Dragoman. Ceux qui le squattent y vivent depuis deux mois. Les soutifs sechent au plafond et la poussiere colle aux sieges. Nickel. Il y en a un de libre. J’embarque…
Sejour a Robben Island avec Oncle Kathy et sa fondation. Decembre 2012. Dany, documentariste americain de renom accompagne la premiere promo de jeunes leaders sur l’íle. Les jeunes s’ouvrent au monde. Certains n’ont jamais vu la mer. Et ils comprennent soudainement, profondement, pourquoi lutter contre le racisme est au coeur de notre humanite. Revenu en dansant… La revolution en progres… Et en chanson !!!
Lundi 1er octobre 2012, Soweto, Afrique du Sud

Me voila implante dans le township le plus celebre du pays, pour ne pas dire du continent, voire meme du monde. Soweto : 2 millions d’habitants, noirs pour la plupart. Petite soeur d’Harlem, cousine de Berlin, un livre d’histoire a ciel ouvert herite de l’Apartheid. Mon point de chute apres 12 mois de peregrinations. Enfin, diront certains…

On me devisage. Un Blanc dans le ghetto, c’est pas commun. Sur un velo, encore moins. J’habite un quartier residentiel tranquille, destine a la classe moyenne emergente. Un Soweto quelque peu eloigne des prejuges, de la criminalite, mais les bidon-villes ne sont pas loins, les gangsters non plus. Soweto est compartimente comme le reste du pays.

Ce qui frappe de prime abord, en Afrique du Sud, c’est l’absence de brassage. Les Blancs d’un cote, les Noirs de l’autre, les Indiens par ici, les Coloured par la. La race definit l’identite de l’individu, et quand j’avance l’idee qu’une race est une construction, on me regarde comme un OVNI (que je suis). Ce qui frappe ensuite, c’est le clivage de classe et le gouffre visible entre riches et pauvres. On vit les uns a cotes des autres et non les uns avec les autres. On se sent pleinement Sud Africain le temps d’une coupe du monde. Pour le reste, on fait aller…

Soweto, c’est aussi un art de vivre, un culture en soi avec ses codes et son slang. Un monde en soi… Un monde a part. Le velo, dans cette histoire, c’etait peut-etre juste une cle d’entree dans la communaute :-) Et en une semaine, j’ai le sentiment d’etre deja integre. Meme si les caissiers des magasins persistent a m’appeler Boss (terme detine aux Blancs et historiquement connote) !
PS : clavier qwerty sans accents
Vendredi 13 juillet 2012. Libreville, Gabon.
J’ai failli ne pas monter dans l’avion. Alors que l’embarquement commençait, Léon, joint au téléphone, dit connaître des difficultés pour placer mon vélo en soute.
Léon : c’est un des opérateurs du fret à l’aéroport de Cotonou. Du moins, c’est à lui que j’ai confié le colis et remis 35000 Francs cash.
- “Ils refusent de prendre le paquet, ils disent qu’il est trop gros !”
…Les passagers du vol à destination de Libreville sont invités à se présenter à la porte d’embarquement. Leadies and gentlemen…
Mon sang ne fait qu’un tour. Je ne sais pas qui est ce “ils” mais je comprends que mon vélo risque de rester au sol.
J’alerte le chef d’embarquement. Il me renvoie au check in. Je repasse tous les contrôles en sens inverse et en accéléré, franchis le portique détecteur de métaux qui sonne qu’on soit armé jusqu’aux dents ou nu comme Adam. Sous l’oeil amusé des douaniers, surtout celui à qui je refusais de glisser un billet en gage de notre soudaine et unilatérale amitié.
Au check in, on m’indique le bureau de la compagnie. Je frappe puis entre sans attendre qu’on m’y invite. Surprise, je tombe nez à nez avec la jeune femme qui m’avait vendu le billet quelques jours plus tôt.
J’explique le problème, le vélo qui ne passe pas en soute d’après Léon. Sans chercher à comprendre, elle me passe un savon : “Monsieur je vous avez dis de faire emballer le vélo à l’avance ! C’est qui ce Léon ? “
Je respire un grand coup et tâche de changer le ton que prend la conversation : “Madame, j’ai procédé comme vous me l’aviez indiqué. Dès le vendredi, jour d’achat du billet, je me suis rendu au fret. Quand je vous demandais de me donner un contact là-bas, vous m’avez répondu ‘allez y seulement’. J’y suis donc ‘allé seulement’ et j’ai traité avec Léon. Le vélo est emballé et prêt à embarquer depuis hier ! Je ne comprends pas…”
Elle se calme puis reprend : “Mais on ne confie pas le vélo à n’importe qui !” J’explose. “Mais vous n’aviez personne à me recommander au fret. Dans ce cas, il fallait me donner un contact !”
A cet instant, je prends conscience que Léon est effectivement n’importe qui. Je n’ai pas même un reçu en main qui prouve que c’est bien à lui que j’ai remis mon vélo. Et si on me le volait ?
La jeune femme appelle son responsable, déjà sur le tarmac à contrôler l’embarquement. C’est avec lui qu’il faut voir. Je lui demande une attestation. Elle refuse.
Allez y seulement !
A nouveau, je passe la police, la police des frontière, la douane, le portique déréglé, et me présente à la porte d’embarquement. Je saute dans le bus qui nous conduit, les retardataires et moi, au pied de l’avion, devant Edmond, chef d’escale.
On appelle Léon avec mes derniers crédits. Le bruit des turbines, le vent, l’excitation rend tout dialogue impossible. L’épuisement du crédit vient achever cette avorton de conversation.
L’avion est prêt à décoller. Je refuse de monter sans le vélo. Edmond me rassure. Il est “LE” responsable ici et s’occupera personnellement d’embarquer le vélo dans le prochain vol, mais dans l’immédiat il faut que l’avion décolle.
Soit je monte sans le vélo en lui faisant confiance, soit il me débarque avec des pénalités à ma charge.
Décoller seulement !
Je lui fais confiance et monte à bord en m’assurant qu’il enregistre le numéro de téléphone de Léon. Un sandwich cellophane et un café plus tard, j’atterris à l’aéroport Léon MBA de Libreville.
Je me rends au service de réclamation des bagages. On refuse de prendre ma déclaration car je n’ai pas de numéro de colis. C’est idiot mais je ne cherche pas à comprendre et laisse les deux employées reprendre leur bavardages. Désolé pour le dérangement !
Je m’installe alors au Sunset Beach Hôtel. Le vélo doit venir vendredi. Je profite du cadre idyllique offert par l’établissement (je pèse tous les mots de cette phrase), les pieds dans l’eau. Jeudi soir, je rencontre la famille de Lionel, l’ami d’un ami et assiste médusé aux préparatif de mariage du tonton : le règlement de la dot, les machettes, les marmites, les pagnes. La liste de mariage faite par la famille de la mariée n’en finit pas…

Ce vendredi midi, Edmond appelle : “C’est bon le vélo est embarqué et l’avion vient de décoller”. C’est un vendredi 13 mais je ne suis pas superstitieux. Je prends un taxi, direction l’aéroport. On m’indique le service de réclamation des bagages. J’entre.
- “Bonjour c’est pourquoi ?” C’est une dame plus âgée qui m’interroge. Les deux pipelettes ne sont visiblement pas là. Je lui explique.
- “Vous avez fait une déclaration ?”
- J’éclate de rire. Non, parce que figurez vous, on me l’a refusé !”
- “Mais il fallait en faire une, on en fait toujours une !” …Maison de fous !
Rigoler seulement !
Les bagages sont débarqués sur le tapis roulant. Les passagers viennent récupérer leurs paquets et les agents de douanes contrôler les contenus.
Autour de moi, de nombreuses amitiés soudaines et unilatérales prennent place dans un joli ballet d’hypocrisie. Le vélo ne vient toujours pas. J’interpelle un jeune agent. Il part vérifier. Le vélo est resté en soute. Il l’amène. En sortant, il me prend par le bras et me glisse à l’oreille :
- “La douane va vous embêter. Qu’est ce que vous pouvez donner ? Je vais vous aider à passer. Je connais quelqu’un.” Je refuse et passe, seul, devant le douanier.
- “Qu’est-ce que vous avez là ?
- Un vélo Monsieur.
- Neuf ?
- Non, pas vraiment. Il a déjà 10 j’ai at.000km au compteur.
- Allez y !
- Seulement ?
- Oui, allez y.
Résultat : le vélo roule mais le frein avant ne répond plus. La fuite hydraulique s’est aggravée dans le transport. Départ dimanche pour… Brazzaville.
Jeudi 05 juillet 2012. Cotonou (pour une semaine encore)
A défaut de pouvoir embarquer sur un cargo, je surfe…
Branché sur Internet comme jamais depuis le départ, j’ai trouvé la planque informatique en salle des profs de l’école Montaigne. On me confond souvent avec un collègue :
- “Et vous, alors, c’est quelle discipline ?”
- L’antiracisme ? Le voyage ? Le squatt et le pipot peut-être…
L’ambassade du Gabon à Lomé ne délivre pas de visas “comme ça”. Il faut un dossier solide. Quand j’essaie d’expliquer au premier adjoint, joint sur portable car il ne décroche pas sa ligne officielle, qu’il est difficile dans un vélo qui prend l’eau de pluie ou de mer depuis 9 mois de transporter une serviette (un porte document) il répond :
- “Et nous ? Quand on doit venir en France, comment croyez-vous que ça se passe ?”
1-0. Je n’ai pas vu filer la balle. Battu, je me plie aux exigences du bureaucrate et constitue, jour après jour, un dossier complet. Je surfe… tout en suivant l’Euro 2012 à la buvette d’un café.

Arrivé à Lomé, j’apprends que Bongo vient d’atterrir à Paris. La préposée aux visas accepte d’examiner mon dossier mais prévient :
- “normalement il faut un certificat de résidence ! Vous avez de la chance de tomber sur moi ! 35000 Francs !”
La courtoisie est en option et la lettre de soutien de l’ambassade de France fait son effet.
- “Revenez dans 48h !”
Bien Madame ! Merci Madame. Il ne me reste plus qu’à dénicher un coin où patienter. J’appelle Serge, l’ami d’un ami rencontré au Yes Papa (voire son déhanché ci-bas :)
Français installé à Lomé, Serge collectionne la musique Ouest-africaine des années 50 aux Indépendances. Il m’oriente vers une petite auberge peu chère mais correcte. Un gosse vend ses livres scolaires pour se faire de l’argent de poche. J’achète Le Mandat d’Ousmane Sembène. Il m’aide à passer le temps…

Ce matin, dès 8h, heure d’ouverture précisément, je suis à l’ambassade. Le premier adjoint arrive à 9h et sans un regard, me demande ce que je veux. Il fouille dans ses papiers. Le passeport n’est pas prêt. Il referme la vitre teintée. Avec le reflet du soleil je perçois ses gestes derrière : il tamponne mon visa. Ca vallait bien la peine d’attendre deux jours…
La pomme ne tombe jamais loin du pommier. Les anciennes colonies françaises ont hérité de la lourdeur administrative hexagonale. Mais ces dernières ont aussi développé leurs propres incohérences : une jeune maman gabonaise, arrivée peu après moi, s’est vu rétorquer qu’aucun document ne pouvait être délivré à ses enfants “parce que le père est malien, donc les enfants maliens”. Il lui fallait se rendre à l’ambassade du Mali “point, c’est comme ça”.
Elle avait beau répéter que le papa les avait abandonnés depuis longtemps, rien n’y fit. Et quand on connaît la situation au Mali…
Bureaucratie ! Oh Monstre froid !

Bref, pendant que Tombouctou meurt, je me vois délivrer un visa d’un mois pour voyager au Gabon. Même effet qu’une réussite au bac, je ressors du consulat le sourire au lèvres. Billet d’avion en poche, j’atterrirai, sauf aléa, mercredi prochain à Libreville.
Gabon, Congo, RDC, Angola puis Namibie… Commence alors une autre paire de manches.
Lundi 02 juillet 2012. Cotonou.

Une porte de sortie entrouverte : Libreville ! En saut de puce, par avion, atterrir au Gabon, si le visa m’est accordé. Or rien n’est gagné. L’ambassade du Gabon ne donne pas de visa touristiques. Il faut justifier d’un projet avec une ONG. J’ai donc constitué un véritable dossier administratif avec lettres de mission, attestations, invitations et autres bouts de papiers en “ion”.
Je pars demain à Lomé (taxi) pour déposer ma demande d’entrée sur le territoire. En croisant fermement les doigts…
Merci à toute l’équipe du MRAP à Lille, Mathilde H. de l’ambassade de France à Cotonou, Sidi B. de la Ville de Lille, Valérie du Sunset Beach Hôtel de Libreville (sur la rive duquel ma bouteille à la mer s’est posée) et Hubert K. de l’Association Gabonaise pour les Nations Unies qui m’invite à venir collaborer le temps de mon passage au Gabon.
Petite pensée aux amis du Bassin Minier qui voient certains de leurs sites ouvriers classés au patrimoine mondial de l’humanité. Une belle réussite ! Pensée également aux Maliens de Tombouctou, dont les mausolées sont mis en péril par l’ignorance et l’arrogance d’une poignée d’hommes…
Jeudi 21 juin 2012. Cotonou, Bénin.

Plouf ! Le plan bateau tombe à l’eau. Reste l’avion. Pourquoi pas le bus ?
Deux compagnies de cars assurent le voyage vers le Nigéria.
- La première traverse le pays mais refuse de me vendre un billet “parce qu’un Blanc, c’est trop de problèmes, trop de risques, ils sont capables de suivre le bus et de le dévaliser”. “Ils” ce sont les bandits nigérians. Alors si même les Béninois s’inquiètent de leur sécurité et de la mienne…Sans parler d’Al Quaida !
- L’autre compagnie accepte mais s’arrête à 1h du matin en gare routière de Lagos. Une gare routière la nuit, même à Ballan, c’est pas très rassurant. Alors dans la capitale du crime Ouest-africain, disons juste que ça craint.

Et le bateau alors ?
Au port, si j’étais chasseur dozo, je me métamorphoserais en container ou en réfrigérateur et je voyagerais sans entraves. Incapable de magie, et à moins de me glisser dans le container, impossible de monter à bord. “C’est proscrit” me répond le directeur d’une compagnie de fret béninoise.
On construit un monde où les marchandises circulent à la guise des expéditeurs. Pour les humains, repassez demain. Mais demain, c’est loin.
J’ai joué toutes mes cartes : l’ambassade du Nigéria, le directeur des chantiers navals du port autonome, un responsable du transit, les diverses compagnies maritimes, le match de foot des bleus à l’hôtel du port en espérant trinquer avec un capitaine…Rien à faire, les bleus ont perdu et la pêche n’est pas bonne. Rien ne sert d’accabler le poisson. On marche sur un fil…sans hameçon.
S’envoyer en l’air
C’est ce qu’il reste à faire avec les complications à tiroir que cela suppose : trouver un vol pas cher à destination d’un pays voisin : obtenir le visa pour ledit pays : si c’est le Gabon : retourner à l’ambassade à Lomé et si c’est le Cameroun : retourner à Accra et dans tous les cas faire une prolongation de visa au Bénin et obtenir le droit d’une deuxième entrée sur le territoire. Une fois cela assuré, acheter le billet, démonter le vélo et les sacoches et mettre tout ça en soute, coûte que coûte.

Voilà où j’en suis après une semaine passé à Cotonou (qui en langue fon veut dire ce qui est long et profond…effectivement on pourrait y rester coincé, la vie est douce par ici).
Je squatte dans l’entrepôt d’ENVIE BENIN, une boîte à responsabilité sociale qui gère le recyclage et la vente d’appareils électroménagers venus d’Europe (et qui cherche des partenaires en France soit dit en passant) après quelques nuits en auberge (le temps de trouver ce bon plan). Très bonne auberge d’ailleurs (“The Guesthouse”).
La ville est construite sur un marécage, les moustiques sont légions, l’influence musicale abidjanaise est bien présente et les zem, les motos taxis pétaradent du matin au soir. Envie de calme : l’océan est à côté. J’ai fait un entraînement de rugby sur la plage et j’ai parlé voyage / regard sur la différence aux mômes de l’école Lapins Bleus. Le défraiement régalera la soirée de soir, à la Béninoise (la bière locale). Joyeuse fête de la musique !
Mardi 12 juin 2012. Lomé.
Depuis quelques semaines, j’adopte un rythme de voyage plus rapide. Il faut dire que vendredi prochain, cela fera exactement 9 mois de route. Si je veux tenir mes délais (j’avais quand même prévu de la marge) je dois avancer.
Je devrais être à Cotonou dans deux jours. De là, deux solutions se présentent : trouver un bateau et débarquer quelque part en Afrique centrale ou bien partir par route au Nigéria. Mais le Nigéria, ça craint un peu on dirait…
Sur le site du MAE à propos du Nigéria on peut lire : Il est recommandé de ne pas se déplacer à pied en ville et, en voiture, de rouler vitres et portières verrouillées. L’insécurité se manifeste par des attaques diurnes et nocturnes, sur les routes et dans les villes, y compris aux domiciles, par des groupes armés à la recherche d’argent, d’objets de valeur ou de véhicules.
Ah bah ça tombe bien, je ne me déplace ni à pied ni en voiture, et je n’ai ni vitre ni portière. Ouf !
Samedi 9 juin 2012, Accra, Ghana.

Parti d’Abidjan après un copieux petit déj aux pépites de chocolats ; rejoint Grand Bassam et dormi chez un membre de la cour du Roi de Moosou ; fait le pari de rejoindre le Ghana en roulant sur la plage ; pari réussi jusqu’à ce qu’une vague qui n’avait rien à faire là (c’était marée basse) n’emmène mon vélo faire trempette dans la mer ; découvert que j’étais au Ghana quand sous un cocotier un jeune pêcheur me répond en anglais ;

fait demi-tour pour trouver le village de New Town dépassé dans mon élan ; passé 15 min à expliquer pourquoi je prétendais arriver de Côte d’Ivoire alors que les agents de police me voyaient arriver de l’Est ; bu le coca qu’ils offraient pour me récompenser (ça ne compense pas certaines pertes en matériel électronique mais ça réconforte…) ; feint d’ignorer les sous qu’ils rackettaient aux autres voyageurs motorisés et avec lesquels ils offrent du coca ;

dormi dans un village N’zéma et mangé du porridge au petit déjeuner (so british…) ; roulé sous la pluie et compris ce que signifie “saison des pluies” ; visité les chateaux d’Elmina et Cape coast, deux des plus grands points de départ des navires négriers (aussi grands que leurs portes de non retour sont petites…) ; failli être enfermé dans une cellue par un gardien pressé de partir ; négocié avec le veilleur de nuit de pouvoir garer le vélo dans le chateau et dormi dans la pêcherie d’Elmina avec un rasta : un abri de bois et de tôle sur piloti ; admiré la vue qu’il offrait (avec laquelle aucun hôtel ne peut rivaliser) sur la ville en étant bercé par les clapotis de l’eau et le ressac des vagues au large ;

cru entendre Stanley Beckford à chaque fois qu’un vieux ghanéen me parlait ; arrivé à Accra dans un embouteillage monstre ; rebondi de voitures en pare-chocs jusqu’à l’école française ; dormi chez Mathieu, prof d’EPS et cyclo voyageur à ses heures ; partagé nos expériences et nos anectodes et arrivés à la même conclusion : rien de tel qu’un long voyage à vélo pour apprendre à se connaître et à connaître ses semblables ; expliqué mon voyage aux enfants de l’école aux yeux grands écarquillés ; parti pêcher le barracouda au harpon toute la journée, la tête sous l’eau.

“Le nez dans le guidon, la tête sous l’eau” littéralement ;-)
Grâce à Eric, prof de Maths un plan bateau depuis Cotonou se dessine sérieusement…Affaire à suivre. Ou du moins un plan sûr pour éviter les zones les plus dangereuses du Nigéria…
Grosse pensée toute la semaine et particulièrement aujourd’hui à Charles et Laurie qui se marient. Félicitations ! Un toast à votre bonheur !
Jeudi 31 mai 2012. Abidjan.
Visas du Ghana et du Togo en poche, des petits princes dans les sacoches, pneus neufs et nouvelles plaquettes de freins, axe du pédalier resseré, yalah c’est bon on peut y aller. Direction Accra en longeant la mer.

Merci à Olivier et ses colocs. J’ai découvert une ville dans laquelle il est extrêmement difficile de ne pas nouer d’amitiés. Les ivoiriens d’Abidjan ont le contact plus que facile : deux mots échangés en appartée et on finit tous autant qu’on est à boire un verre au maquis.
Si les Dakarois sont de grands sportifs (on les voit courir sur la plage dès 6 h du matin) les Abidjanais sont de grands fêtards (on les voit en terrasse dès 6 h du soir). La preuve, c’est ici qu’on danse le zouglou ! Et s’il est faux de dire que Dakar ne vit pas aussi la nuit, je n’ai vu personne en jogging à Abidjan aux heures fraîches du matin…
“Prenez le maquis, pas la guerre” pourrait être la devise officieuse du pays qui goûte avec bonheur le fait de vivre à nouveau en paix. Devise par ailleurs bien plus sexy que le triptique officiel “union, discipline, travail” (qui sent les coups de fouet ; les coups d’Houphouët ?)
Maquisards de tous pays, unissons-nous !
Citoyens burkinabés. Venus en Côte d’Ivoire pour travailler au moment où l’économie fleurissait, ils sont pointés du doigt en période de crise. Victimes de la politique universelle de désignation de boucs émissaires et d’instrumentalisation de la peur. “On était obligé de se barricader quand les milices faisaient leurs descentes. On réclame la justice. Sans la justice, il ne peut pas y avoir de réconciliation !”
Passage vers la 20e minute, alors que je suis en voiture à circuler dans les rues d’Abidjan avec Quentin. Merci Anneka d’avoir prévenu mes proches :)