Julian Cyclo

Carnet de route d'un cyclovoyageur en quête de résilience écologique et sociale, en partenariat avec de jeunes lillois...

Itinéraire prévu dans les grandes lignes :


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Dimanche 26 février. Dakar.

Reprise du vélo en solo


Pieter est parti la veille, Steve reste à Saint - Louis. Remerciements de Jorie et Lies pour leur hospitalité. Je leur offre Les Anges blessés, écrit par Zoumba. Et me voilà de nouveau en selle lundi 20 février. 

La rencontre à MERE RUE était belle. Enfants et parents s’étaient rassemblés pour venir écouter mes propos, traduits en wolof et donc compris de tous.

L’asphalte se déroule sous la cagna. Le soleil frappe fort. L’odeur de pneu brûlé dans l’air et les éclats de verre par terre attestent du mécontentement général. Le Vieux Wade cherche à voler l’élection

Je dors à Teug Ndogi


Le chef du village m’invite à poser la tente entre deux cases, près des outils agricoles et des chevaux de trait. Matar, son fils me réclame de l’argent.

- “La France est venue coloniser le Sénégal, maintenant il faut nous aider.” Il ne lâche pas la main que je lui prêtais en guise de salut, insistant. 

Dans l’imaginaire collectif, le Blanc est riche. En plus d’être responsable, d’un point de vue historique, du pillage de l’Afrique.

Je reprends à mon compte l’argument des Allemands, conscients des méfaits de leurs aïeux, mais aucunement responsables directes du nazisme.

- “Je n’ai pas choisi de naître Fançais, comme tu n’as pas choisi de naître Sénégalais. Je m’intéresse au passé, connais l’esclavagisme et le colonialisme, mais je n’ai pas à payer de ma poche. Tu viens me demander de l’argent alors qu’on ne se connait pas et que je cherche seulement un endroit paisible où dormir. C’est déplacé. Il est facile de tomber. L’important c’est de se relever.”

Matar comprends et s’excuse. Il lâche ma main puis m’invite à la discussion autour d’un café touba. Réconciliation en parcourant un livre d’histoire acheté chez un brocanteur saint-lousien. Nous apprenons en lisant que Saint - Louis était français avant Lille…

Réveil au chant du coq


Je passe la seconde nuit dans les locaux de l’Association pour le Développement de la Langue Saafi (ADLAS), invité par Mamadou qui accompagne sur sa bicyclette mes derniers kilomètres “pour faire un peu de sport”.

Sa tante, directrice du centre, m’accueille chaleureusement. Ainsi que MERE RUE, l’association ADLAS promeut la scolarisation des jeunes et leur intégration dans le système public. Entre le saafi parlé à la maison, le wolof parlé en ville et le français parlé à l’école, certains enfants se mélangent les pinceaux. L’asso les aide à y voir clair. Séance photo dans une école, avant mon départ pour la capitale.

Arrivée à Dakar mercredi

Logé chez les Diouf, amis des Faliu (que je remercie chaleureusement). J’assiste Place de l’Indépendance à l’essoufflement du M23. La tension est palpable, mais non canalisée : policiers et manifestants se font face ; les cadres de l’opposition sont absents. A noter la présence des rappeurs de Da Brains (vidéo), membres de Yen A Marre, consternés comme les autres devant l’absurdité de la situation…

Le Sénégal écrit aujourd’hui une page importante de son histoire. Premier véritable test républicain et démocratique depuis l’Indépendance, la participation au scrutin promet d’être massive. Résultats ce soir. 

Samedi 26 novembre. Oran. Animation d’un atelier sur le racisme. Une quarantaine d’enfants et adolescents, quelques adultes assistent à mon intervention dans les locaux de l’association Le Petit Lecteur.

Après une heure d’introduction (présentation du projet et du MRAP, parcours du voyage, définition du racisme, histoire du 21 mars 1960 à Sharpeville) nous abordons la situation en Algérie.

Y a-t-il du racisme ici ? On me fait non de la tête. “Pas du tout”. “Pas tant que ça”. “Un peu, mais pas trop”. “Oui, mais c’est pas aussi dramatique”. Les premières réponses sont approximatives. Pas évident quand on a 15 ans de se figurer le racisme…

Une petite fille lève la main : “il y a du racisme, mais c’est entre les Wilayas, par exemple entre les Oranais et les Kabyles”. On approche.

Une autre prend la parole et développe : “ce matin chez la coiffeuse, les femmes parlaient des Kabyles méchamment. Ma mère est kabyle. Ça ne m’a pas plu”.

On tient notre première forme de racisme, propre au Maghreb et au conflit entre Amazigh et Arabes. Une forme de xénophobie.

Un garçon prend la parole : “Les Juifs et les Chrétiens, ils ne sont pas les bienvenus”. Je suis surpris devant tant de franchise et même si les propos sont un peu maladroits, ils nous permettent d’avancer sur le terrain du racisme religieux. L’Islam est religion d’Etat, seule l’Eglise catholique est reconnue, les Juifs vivent leur culte dans la clandestinité.

Un autre petit bonhomme poursuit : “c’est à cause d’Israël en guerre en Palestine. On confond les Israéliens et les Juifs. Les Musulmans croient que tous les Juifs sont en guerre. Ce n’est pas vrai. Et il y a même des Juifs plus gentils que des Musulmans”.

Une adolescente prolonge sa pensée : “Mais ailleurs, les autres, les Juifs, les Chrétiens, ils pensent que tous les Musulmans sont des terroristes, alors que c’est faux !” Et nous voilà en train d’aborder l’islamophobie.

Alors que je m’apprête à questionner le racisme envers les Noirs, une adolescente me devance : “une fois, nous avons rencontré des migrants au Petit Lecteur, ils disaient qu’ils subissaient le racisme”. Les migrants dont elle parle sont originaires d’Afrique subsaharienne. Effectivement, ceux qu’on désigne ici comme “Africains” sont victimes de discriminations…

Devant tant de clairvoyance, on peut être rassurés. Ces enfants sont les citoyens du monde de demain. D’ailleurs, ils souhaitent participer à un échange avec le CME (voir leur lettre). “Parce que le racisme, y en a ras le bol !”

Il faudrait plus de Petits Lecteurs de part l’Algérie ! Bravo à l’association !!